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Le Coran autorise-t-il aux hommes de battre leurs femmes ?
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homme fouet lbl

Par Dr Al 'Ajamî.

Peut-on frapper sa femme avec le Coran ? Telle est la question que nous avions formulée qui, pour ne pas être élégante, avait tout du moins le mérite d’être explicite ; ce que la morale réprouve, le Coran l’aurait-il autorisé ? L’on entend déjà qu’une autorisation n’est pas un droit, qu’à circonstances exceptionnelles, moyen exceptionnel. Il y a celles et ceux de bonne volonté qui demandent ce qu’il faut faire d’un tel verset, doit-on l’oublier ou l’amputer du texte ?

 

Il ne sera pas question de discuter du fait de savoir s’il l’on a le droit ou non, fût-il “coranique”, de frapper sa femme, pas même une femme mais bien "sa" femme, comme d’autres bastonnent leur âne. Qui commet cela, ou y songe, n’a sûrement pas besoin d’une légitimation “légale”, et il y aurait une indécence plus grande encore à en débattre : "Sheikh, l’islam permet-il à l’homme de frapper sa femme ?" Un Musulman pourrait-il à ce point être dénué de sens moral, d’éthique, qu’il en vienne à se demander si sa religion, Dieu, son Prophète, son Livre, aient pu l’autoriser à frapper "sa" femme, une femme. Un Musulman serait-il un coeur mort pour un esprit sec, un être sans conscience ?

 

Considérons la traduction habituelle du verset 4:34 :

"Les hommes ont autorité (qawwâmûna) sur les femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (qânitât) (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection de Dieu. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les (wa-dhribûhunna). Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Dieu est certes, Haut et Grand!" (traducteur : Hamidullah)

Si le texte ainsi produit pourrait paraître un peu confus, il n’en ressort pas moins, et peut-être à dessein, un triptyque précis :

- Les hommes ont autorité sur les femmes.

- Les femmes vertueuses sont celles qui obéissent à leur mari.

- Si elles désobéissent, frappez-les.

Or, nous avons précédemment montré que le Coran atteste explicitement de l’égalité plénière entre l’homme et la femme selon au moins sept niveaux d’égalité que nous rappelons : 1- Egalité ontologique, 2- Egalité de valeur, 3- Egalité en la foi, 4- Egalité en religion, 5- Egalité spirituelle, 6- Egalité en la réciprocité, 7- Egalité en société.

A l’analyse, cette égalité présuppose l’équité, la réciprocité, et la complémentarité.

Rigoureusement, il se pourrait alors que nous nous soyons trompé en notre analyse égalitaire et ayons interprété le Coran en fonction de nos présupposés personnels. Rigoureusement, cela ne peut être le cas, les versets traitant de cet important problème sont nombreux, redondants, explicites, et à aucun moment nous n’avons eu recours à un quelconque procédé d’interprétation. Ces versets sont au sens premier et obvie limpides et ne nécessitent qu’une lecture directe :

Parmi Ses signes, Il a créé pour vous, à partir de vous-mêmes, des épouses pour que vous viviez en tranquillité auprès d'elles, et Il a mis entre vous de l'affection et de la compassion. En cela il y a des signes pour des gens qui réfléchissent.

Coran, 30:21

Ô vous qui croyez, il ne vous est pas licite d'hériter des femmes contre leur gré. Ne les empêchez pas dans le but de retenir une partie de ce que vous leur aviez donné, à moins qu'elles ne commettent clairement une infamie. Comportez-vous avec elles de manière convenable. Si vous avez de l'aversion envers elles, il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose où Dieu a placé un grand bien.

Coran, 4:19

Vous est permit, les nuits du jeûne, d'avoir des rapports sexuels avec vos femmes. Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. ...

Coran, 2:187

Rigoureusement, face à ce premier constat, la seule hypothèse logique est que nous ne lisons pas correctement, c’est-à-dire nous ne comprenons pas, le sens apparent de 4:34.

Première affirmation : Les hommes ont autorité (qawwâmûna) sur les femmes.

La racine verbale "qâma" signifie principalement se lever, être droit, se dresser, surgir, s’immobiliser, occuper une place, se charger d’une affaire, devoir faire, s’occuper de, savoir faire, soutenir. Le pluriel "qawwâmûna" qui en découle est une forme intensive du participe actif "qâ’im" lequel a pour sens connu : qui est debout, qui s’occupe de quelque chose, qui est constant et responsable. Le champ lexical est homogène et la forme "qawwâm", plus extensive et protectrice, fait qu’il n’ y a aucune difficulté à comprendre en ce verset : "Les hommes assument les femmes". La suite immédiate est explicative : "à raison de ce que Dieu a favorisé les uns par rapport aux autres, et de ce dont ils dépensent de leurs biens".

Cette traduction est littérale et le sens en est apparent : il est tout simplement demandé aux hommes d’assumer matériellement le couple (plus largement peut-être les femmes) du fait qu’ils ont généralement plus de moyens à y consacrer. On note qu’il ne s’agit pas dans la formulation d’un ordre mais d’un constat : lorsque telle est la situation sociale alors vous vous devez moralement de le faire.

Cette lecture directe non interprétative maintient la cohérence coranique.

L’on peut alors légitimement se demander comment l’on a donc pu traduire, c’est-à-dire valider le sens de "qawwâmûna" par : "avoir autorité sur". Les exégètes classiques ont fortement pesé sur le texte et l’ont surinvesti d’une gamme fleurie de commentaires où l’homme est réputé être “supérieur” à la femme, concept dans l’ordre des choses et de l’évidence selon eux.

Cette induction de sens, assenée en boucle sur des siècles, permet aux lecteurs et aux traducteurs inattentifs ou aimablement conscients de leur masculinité de "lire" qawwâmûna comme signifiant "avoir autorité sur". La lecture n’est point un phénomène objectif mais orienté et "celui qui a autorité sur" se dit en arabe "qâ’im bi" et non pas "qâ’im ‘alâ" comme le porte expressément le texte coranique. La confusion puise là ses intimes mécanismes et, alors même que "qawwâmûna ‘alâ-n-nisâ’i" ne peut que signifier "les hommes assument les femmes", le sens voulu par le discours prégnant l’oblitère et impose ce que les hommes ont pensé : "les hommes ont autorité sur les femmes".

Cet exemple montre sans peine que les mots clef du Coran peuvent servir aisément de caution aux points de vue de certains types de société indépendamment du Message coranique textuellement transmis. Le "sens" du Coran a donc une histoire qu’il nous faudrait savoir envisager.

Deuxième affirmation : Les femmes vertueuses sont obéissantes (qânitât) à leur mari.

Ici le mécanisme est différent. C’est le terme "qânitât" qui est commenté ou traduit par "obéissantes à leur mari". La racine verbale "qanata" est homogène et non polysémique, elle évoque le fait de se résigner à la volonté de Dieu, de prier abondamment, d’adorer Dieu sincèrement, avec grande dévotion, être dévot et au féminin dévotes, qânitat.

Citons 39:9 où l’on note l’emploi masculin de "qânitun" ; serait-ce un homme obéissant à sa femme qui serait ainsi loué ! De même en 66:12 Marie est qualifiée de "qânitât", serait-ce qu’elle était obéissante à son mari ?!!

Nonobstant, cela n’a nullement gêné les commentateurs principaux ayant bien voulu là comprendre et nous faire comprendre que l’obéissance due à Dieu devait être ici synonyme de l’obéissance due au mari ! Normalement, un Arabe, ou un pauvre arabophone, ne peut commettre la confusion, c’est donc bien que nous ne lisons pas le Coran mais bien plutôt ce que les hommes, ici les exégètes ou les ulémas, en disent. Les traducteurs qui leur ont servilement ou volontairement emboîté le pas ont eu deux options : ajouter "à leur mari" dans le texte, comme en la version que nous avons suivi, ou les mettre entre parenthèses : "les femmes vertueuses sont obéissantes (à leur mari)" ce qui est plus élégant mais tout aussi tristement mensonger.

Il convient donc de lire et comprendre ces mots comme signifiant sans aucune difficulté : "Les femmes vertueuses sont dévouées à Dieu".

Le glissement sémantique opérant de "obéir à Dieu" vers "obéir à son mari" est en lui seul parfaitement symptomatique du mal qui a rongé la formation de l’Islam historique et continue à ronger nos cœurs et nos esprits ; encore une fois le sens du Coran à une histoire.

Troisième affirmation : Si elles désobéissent, frappez-les (wa-dribûhunna).

L’on aura compris que lorsque par interprétation forcée et dévoiement du texte l’on avait comme première proposition : "les hommes ont autorité sur les femmes" et comme deuxième "les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari" il n’ y avait rien d’étrange ou de discordant à ce que ce verset puisse autoriser l’homme à corriger la désobéissante, la récalcitrante, à l’ordre voulu par Dieu. Ce verset, sans aucun doute, était alors en lui-même cohérent. Il était toutefois en contradiction avec les principes d’égalité coranique.

Mais, à présent que nous avons rétabli la continuité de sens, la problématique apparaît double :

1- Persiste l’opposition d’avec le Message coranique, opposition qui de notre point de vue est inadmissible et impose une révision de sens.

2- S’ajoute une difficulté interne au verset. En effet, comment l’homme qui n’a comme prérogative que de subvenir honnêtement aux besoins de son épouse pourrait-il avoir conséquemment le droit de la frapper ?

Nous serions donc en droit et, plus encore, en obligation à partir de ce simple constat de nous interroger sur le sens de l’ordre coranique "wa-dribûhunna" qui, comme chacun sait, signifie malgré tout et apparemment selon l’avis unanime et courant "frappez-les".

Afin de parvenir à résoudre cette double difficulté et l’argumenter solidement nous poursuivrons l’analyse selon trois axes distincts :

1 – Analyser l’appareil exégétique dont on a chargé ce verset afin d’en forcer le sens.

2 – Analyser le texte et les contextes.

3 – Analyser les possibilités linguistiques de résolution d’une égalité semblant indiscutable, puisque pour mémoire "wa-dribûhunna" est composé de "idribû", l’impératif pluriel du verbe "daraba"/frapper, et de hunna le pronom "elles", construction signifiant donc "frappez-les".

ÉTUDE CRITIQUE

Point 1

L’induction de sens classique a été ci-dessus analysée et invalidée. Il apparaît littéralement que :

a) Ce verset n’indique pas que les hommes ont autorité sur les femmes.

b) Il indique sans équivoque que la piété n’est point d’obéir aux époux mais à Dieu.

c) Le Coran plaide explicitement pour une parfaite égalité de droit et de considération entre les hommes et les femmes.

Rien ne permet par conséquent de supposer et d’admettre selon cette cohérence coranique que l’homme ait un quelconque droit à frapper son épouse.

Point 2

Selon la logique de l’énoncé " Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leur lit et frappez-les", l’on discerne une pédagogie progressive qui, si elle n’aboutit pas, imposerait que l’on frappe la dissidente. Mais, en ce cas, pour que cela ait la moindre chance d’être efficace, il nous faudrait admettre qu’il s’agirait alors de frapper fort afin de contraindre l’épouse et d’obtenir par la force ce que l’on n’avait pu réussir par le dialogue !! Mais alors nous aurions là une contradiction flagrante avec les versets prônant l'affection entre époux !

Point 3

Ce dernier problème semble avoir été perçu par les commentateurs qui ont quasi unanimement admis que le "frappez-les" ne pouvait que signifier : frappez-les "doucettement". Pour cette délicate opération l’on fait intervenir principalement Abdullâh ibn Abbâs qui explique que le coup doit être un "darb ghayr mubarrih", un coup non violent. D’autres variantes précisent que l’on se doit de ne pas briser d’os, répandre le sang ou laisser de traces. Concrètement, il est conseillé d’utiliser à cette fin, par exemple, une petite baguette tel un siwâk, objet fétiche qui comme chacun sait peut aussi servir de brosse à dents.

Toute chose à sa logique et, comme précédemment, si l’on admet que le sens voulu ici par le Coran serait de frapper légèrement sa femme avec un siwâk alors une telle manœuvre aurait du être tentée initialement et non point lorsque la négociation et le refus de lit ont échoué ; que pourrait là un coup de brosse à dents sinon ridiculiser son propriétaire !

Point 4

Pourquoi ne pas avoir utilisé l’option joker, l’abrogation ? En effet, cela aurait permis de résoudre par élimination la contradiction entre ce verset et ceux prônant égalité, réciprocité, respect, entre les hommes et les femmes. Le fait est remarquable ; il aurait pourtant suffit de déclarer que notre verset 34 abrogeait tous les versets "égalitaires", comme le "verset du sabre" abroge selon une majorité de ulémas plus de cinquante versets de paix et de tolérance. L’on aurait pu aussi proclamer l’inverse. L’on aurait pu aussi abroger ce verset par le suivant : "Ô Croyants ! (...) ayez un comportement correct envers vos épouses. Il se peut que vous éprouviez de l’aversion envers elles alors qu’en réalité Dieu a placé un grand bien en cela." 4:19

Ceci illustre parfaitement l’arbitraire de la fiction abrogative, nous l’avons largement démontré (lire : Le mensonge de l'abrogation dans le Coran). Mais ici, à l’évidence, si l’on n’a pas commis cela c’est bien que l’on voulait conserver la prérogative, l’avantage, que le Coran semblait conférer à la gent masculine, quitte à accepter de ne frapper que bas et pas trop violement.

Point 5

Selon notre traduction standard, l’homme n’aurait ce droit que pour "celles dont vous craignez la désobéissance…". Le terme clef "nuchûz", que certains ont aussi traduit sans guère de raison linguistique par infidélité, signifie tout autant désobéissance, rébellion, brutalité, animosité, indocilité, énervement, discorde, hostilité, offense, querelle. L’indécision de ce champ lexical est problématique ; comment donner l’ordre de frapper une femme sans que l’on sache précisément en quel cas ? Frapper pour rébellion ne relève pas de la même légitimité que frapper pour énervement ou querelle ! Une décision aussi grave que de frapper son épouse peut-elle s’accommoder d’un tel flou terminologique, ou la pédagogie divine serait-elle de mater la rébellion féminine par la force… ?

Point 6

Le verset 4:35 dit ceci :

Si vous craignez une désunion entre les deux, envoyez alors un arbitre de sa famille à lui et un arbitre de sa famille à elle. Si les deux veulent la réconciliation, Dieu favorisera la bonne entente entre eux. Dieu est Connaissant, Informé.

Coran, 4:35

Ceci consiste en fait à la quatrième étape envisagée en cas de conflit dans le couple. Il nous faudrait donc admettre qu’il soit ordonné à l’étape 3 de frapper sa femme et qu’ensuite, si le désaccord persistait, que l’on fasse appel à une régulation extérieure. Ou bien l’on considère que les coups sont un remède devant précéder la négociation, auquel cas il est plus logique de frapper fort pour calmer toute velléité, ou bien frapper doucement ne pourra qu’amener le désaccord et donc provoquer ce que l’on cherche à éviter. Dans les deux cas l’énoncé de v35 s’inscrit à faux.

Une analyse objective met donc en évidence les points de blocage et les limites rationnelles de la "lecture" "frappez-les" et doit nous interpeller logiquement. Il n’y a qu’une seule solution possible à cette équation à termes multiples : ce verset ne peut signifier cela, le Coran, d’une façon ou d’une autre, ne peut avoir ordonné de frapper les femmes en cas de conflit conjugal.

ANALYSE LINGUISTIQUE

• 1 Un rappel, "wa-dribûhunna" se décompose comme suit : wa = et, -dribû est l’impératif deuxième personne du pluriel du verbe daraba et hunna est le pronom "elles" représentant ici les épouses. Un des sens possibles de daraba est effectivement, "frapper" ce qui pour "wa-dribûhunna" se comprend bien alors "frappez-les". Cependant, l’on dénombre une quarantaine de sens dérivés pour cette racine verbale, le verbe daraba est un peu comme notre "faire" un verbe à tout faire. Ainsi, l’emploi de ce qui est peut-être le premier degré, c’est-à-dire frapper, n’est-il pas l’usage le plus fréquent en langue arabe. De fait, le Coran emploie ce verbe une soixantaine de fois et, dans deux tiers des cas, en une formule coranique bien connue "daraba mathalan", parfois curieusement et littéralement traduite par "frapper d’exemple", le sens étant sans conteste : "proposer un exemple". On note, de plus, dans le Coran, le recours à daraba avec le sens de annuler, humilier, rabattre, mais aussi de parcourir, quitter, séparer, s’éloigner. Enfin, à quatre reprises, daraba signifie frapper une personne, ex : 8:12.

• 2 Cette polysémie est en Arabe en partie commandée, en dehors du contexte et des sens obligatoirement figurés, par l’usage de prépositions comme bi, fî, ‘alâ, ‘an, ilâ. Ainsi, "daraba ‘alâ yadihi", littéralement "il frappa sur sa main", signifie-t-il "il lui retira l’usage de ses biens". Point important, selon un lointain parallélisme avec la grammaire française, l’on parlera de verbe intransitif lorsque l’usage impose une de ces prépositions et de verbe transitif lorsqu’il s’en dispense. Or, daraba, pour pouvoir indiquer une idée de mouvement a généralement besoin de ces prépositions, par exemple : "daraba ilâ", "il s’élança", "daraba fî", "il parcouru", et "daraba ‘an", "il s’éloigna". Donc, en Arabe classique, wa-dribûhunna (وآ ضر بوهن), sans préposition, état transitif, se comprend dans le contexte de ce verset "frappez-les" et pour obtenir le sens proposé "éloignez-vous d’elles" il faudrait dire (وآضربوا عنهن) "wa-dribû ‘an-hunna" en usant de la préposition "‘an", état intransitif. Ceci semblerait donc invalider notre hypothèse.

• 3 En réalité, il n’y a pas de verbes transitifs qui ne puissent être intransitifs et inversement, le fait est bien connu des grammairiens. En voici un exemple coranique, toujours avec le verbe daraba. Il s’agit d’un véritable hapax : en 18:11 nous notons l’emploi intransitif du verbe daraba signifiant frapper, usage normalement transitif. On y lit : "darabnâ ‘alâ âdhânihim" ce qui se traduit mot à mot : "Nous frappâmes sur leurs oreilles", action qui normalement, en Arabe, se dit : "darabnâ âdhânahum" sans le recours à la préposition ‘alâ, "sur". Les encyclopédies de la langue arabe donnent le sens de cette "curiosité" à partir d’un autre hapax, un unique hadîth où cette curieuse formule est prise pour une métonymie indiquant le sommeil, nawm. Malgré tout, l’expression n’étant ni grammaticalement normale ni vraiment normalisée, les commentateurs du Coran et les traducteurs ont en fonction de l’idée suggérée dans ce passage de la sourate "al kahf" fait plusieurs propositions : "Nous avons assourdi leurs oreilles", ou "Nous fîmes le silence à leurs oreilles", "Nous les avons abasourdis", ou encore "Nous les plongeâmes dans un sommeil profond". Le fait ici d’avoir employé la préposition ‘alâ, là où l’on ne l’attendait pas, a induit une compréhension différente de celle liée à l’usage normal du verbe daraba.

• 4 Seul l’usage détermine la prépondérance de tel ou tel état du verbe. Les règles que nous considérons par convention intangibles ne l’ont pas toujours été et l’usage transitif d’un verbe intransitif est possible en langue arabe préclassique où la régularité n’est pas de mise. L’Arabe n’a jamais été une langue figée pour l’éternité ; elle a un passé, le Coran en témoigne, et un avenir, le présent l’atteste d’ors et déjà. Les critères académiques de la langue arabe ont été déterminés seulement à partir du IIe siècle de l’Hégire et il fut fait un grand effort de régularisation d’une réalité linguistique bien plus complexe et instable. Cette systématisation a abouti à la fort heureuse fixation de la langue arabe, dite par convention Arabe classique. Cependant, il faut le répéter, l’Arabe coranique, même s’il servit incontestablement de référent, ne peut être superposé à la langue arabe classique. Les "anomalies" grammaticales du Coran, c’est-à-dire les particularités antérieures à la normalisation, se comptent par centaines et de nombreux ouvrages sont consacrés à ces singularités coraniques.

Dans le cas qui nous intéresse, l’emploi de "wa-dribûhunna" (état transitif) au lieu de l’état intransitif normalisé "wa-dribû ‘an-hunna" n’est donc pas une impossibilité linguistique.

L’on pourrait, qui plus est, faire observer qu’en "wa-dribûhunna" l’absence de la préposition ‘an, dite préposition d’éloignement ou de séparation, permet d’indiquer à "l’oreille sémite" que l’éloignement préconisé se doit d’être moindre. Comme s’il ne devait pas y avoir de cassure, seulement une position de retrait momentané émanant dans ce cas précis de l’homme par rapport à son épouse.

• 5 Nous avions montré que l’égalité homme/femme dans le Coran impliquait l’équité, la réciprocité, et la complémentarité, il nous en est offert ici un exemple. Le Coran n’envisage pas que le cas de "l’épouse indocile" mais aussi, en la même sourate, la situation inverse où l’homme est impliqué selon les mêmes perspectives :

Si une femme craint de son mari hostilité (nushûz) ou éloignement (i‘râd), aucune faute ne leur sera reprochée à se réconcilier, car la réconciliation est meilleure, même si les âmes sont égocentriques...

Coran, 4:128

Ce verset est bien l’équivalent des v34-35 mais cette fois c’est le comportement du mari qui est fautif. L’on y retrouve la même cause, un "nushûz", et, comme en résumé, la notion d’éloignement suivie de la préférence à donner à la conciliation. Ainsi le terme i‘rad apparaît-il ici être le symétrique ou le correspondant de l’action indiquée en fin de v34 par wa-dribûhunna avec incontestablement alors le sens de éloignez-vous d’elles. En effet, Le mot i‘rad signifie délaissement, le fait de se détourner, éloignement, ce qui est très proche de l’idée exprimée par l’usage de wa-dribûhunna sans la préposition de séparation ‘an comme nous l’avions ci-dessus fait observer.

• 6 A propos du terme nushûz, que nous avions traduit jusqu’à présent par désobéissance, nous signalerons la rigueur et la précision coranique, ici au profit de l’égalitarisme et, indirectement, comme preuve quasi inconsciente du machisme ambiant. En effet, le mot nushûz n’apparaît dans le Coran qu’en ces deux seuls versets, v34 et v128 . La symétrie est remarquable et l’on s’attendrait à ce que le nushûz des unes soit celui des uns. Or, une rapide revue des principales traductions met en évidence un net déséquilibre. Pour le nushûz attribué à la femme au v34 et le nushûz attribué à l’homme au v128 l’on note respectivement selon les traducteurs les couples suivants : infidélité/abandon ; désobéissance/abandon ; insubordination/ hostilité ; insoumission/désaffection ; indocilité/rudesse ; rébellion/dureté ; inconduite/hostilité ; malversation/maltraitement, etc. Nous laisserons tout un chacun et chacune juge du différentiel...

Nous ajouterons que les dictionnaires, écrits par les hommes, se font eux aussi témoins de ce "partage des rôles", mais nous aurons compris que le Coran utilisant ce terme uniquement en ces deux versets symétriques conférait à nushûz un seul et même sens. Plus prosaïquement, la diversité de ces propositions de traduction met en évidence la difficulté à rendre en français ce mot dont la racine nashaza évoque le fait de se dresser, s’ériger, se soulever. C’est donc malgré tout par défaut que nous traduirons nushûz par hostilité : "celles dont vous craignez hostilité (nushûz)" v34 et "Si une femme craint de son mari hostilité (nushûz)" v128.

Enfin, nous ajouterons que nushûz, outre un sens vague, est en ces deux versets employé au cas indéterminé nushûzan. Cette imprécision coranique semble voulue car il ne s’agissait pas là de délivrer une recette à appliquer pour un cas bien déterminé. Bien au contraire, ces versets indiquent seulement une ligne de conduite à suivre pour tenter de résoudre des conflits, sans autres précisions ; et Dieu seul sait que pour tout couple ils sont d’ordres divers, de l’anodin à l’intolérable.

CONCLUSION

Il découle de ce qui précède que rien n’interdit en un usage possible de la langue arabe coranique tout comme en fonction du contexte de l’ensemble concerné de comprendre et traduire le syntagme "wa-dribûhunna" par : "éloignez-vous d’elles" et non pas : "frappez-les".

On peut donc lire ainsi ce passage :

"Les hommes assument (qawwâmûna) les femmes (...)
Les femmes vertueuses sont dévouées à Dieu (qânitât) (...)
Quant à celles dont vous craignez l’hostilité (nushûz), exhortez-les, puis faites lit à part et, enfin, éloignez-vous d’elles (wa-dribûhunna) (...)
Si vous craignez une désunion entre les deux, envoyez alors un arbitre de sa famille à lui et un arbitre de sa famille à elle. Si les deux veulent la réconciliation, Dieu favorisera la bonne entente entre eux....
" S4.V34-35.

Ce verset se lit avec son symétrique et complément :

"Si une femme craint de son mari hostilité (nushûz) ou éloignement, aucune faute ne leur sera reprochée à se réconcilier, car la réconciliation est meilleure, même si les âmes sont égocentriques..." S4.V128.

L’ensemble est à présent cohérent, il ne contredit pas les principes d’égalité, de réciprocité, d’équité, de respect, par ailleurs édictés par le Coran. La proposition coranique ne dépend plus d’une vison ethnocentrique et devient rationnellement acceptable. Ce que la compréhension traditionnelle avait rompu est ainsi rétabli.

Par l’étude de ce verset, chacun aura pu se rendre compte que la lecture d’un texte, est largement dépendante des préjugés qui nous animent. Etre détenteur d’un texte sacré, en lui-même porteur d’une vérité absolue, ne garantit pas en soi aux hommes de détenir cette vérité. Nous possédons certes le Texte mais tout texte n’est qu’une série de mots. En réalité, le crédit d’une telle référence est fonction du niveau de valeur morale et de rigueur intellectuelle de ceux qui le lisent, y exercent leur compréhension et par suite le mettent en application. Tout lecteur est potentiellement interprétateur mais il doit être conscient de cette différence qualitative afin de lutter contre sa propre tendance herméneutique. Ainsi, et seulement ainsi, pourra-t-il faire en sorte que sa participation soit ouverture intellectuelle.

 

Article basé sur les articles suivants : Frapper sa femme avec le Coran 1/2 et Frapper sa femme avec le Coran : "et frappez-les" 2/2.

 

  Source : droit-chemin.fr

 

 

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