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Il était une fois un inféodé sur le chemin de Damas - Histoire de Abou Hourayra

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Par M. Louizi.

Introduction :

« Connaissez-vous l’origine du surnom donné au personnage de Abou Hourayra ? » demanda l’un de mes instituteurs quand j’étais encore à l’école primaire. « Et bien, il fut surnommé ainsi parce qu’il prenait soin de sa petite chatte, sa seule richesse qu’il possédait du vivant du prophète.

Et c’est bien le prophète Mohammad qui l’a surnommé « Abou Hourayra » ! [ce premier terme « Abou » signifiant père, et « Hourayra » : petite chatte, en arabe « Abou Hourayra » signifie donc « père/ propriétaire de la petite chatte»], nous a-t-il expliqué il y a environ 18 ans !

Abou Hourayra est devenu, depuis, le surnom que j’ai le plus souvent entendu durant toute ma scolarité ! Encore mille fois plus que n’importe quelle autre personnalité marquante de l’histoire des religions, de la philosophie, des sciences, de l’art, du génie et même de la bêtise ! Il est aussi le surnom que j’ai entendu etlu des centaines de milliers de fois, sans exagération aucune, que ce soit durant les prêchesdans les différentes mosquées, dans les journaux et les revues religieuses, les émissions audiovisuelles et les rassemblements de fête ou de deuil. Lorsque j’ai tâché d’étudier de plus près la biographie du prophète et le contenu de ses supposés Hadiths (ses récits, c’est-à-dire ce que le prophète « a dit »), Abou Hourayra restait l’éternel narrateur-accompagnateur à presque chaque page des recueils de ses Hadiths !

Une telle omniprésence, textuelle, pédagogique et udiovisuelle,a laisse à supposer qu’il ait été de la partie depuis le premier jour de la prophétie de Mohammad, qu’il ait accompagné le prophète durant les 23 années de sa mission de façon constante et ininterrompue, qu’il ait été témoin des grands événements qui ont marqué cetteériodep remarquable de l’histoire médiévale, qu’il ait été là, non pas seulement comme témoin oculaire passif ou vague participant mais comme acteur effectif et influant directement sur le cours même des événements, qu’il ait été apprécié et estimé unanimement par les historiens et spécialistes de cette période, au même titre que les 4 califes orthodoxes : Abou Bakr As-Seddik, Omar Ibn Al

Khattab, Ottmane Ibn Affane et Ali Ibn Abi Taleb et au même rang que celui des compagnons dévoués supportant le coût fatidique, en termes desacrifices, comme prix à payer à l’aune de leurs adhésions réfléchies aux enseignements coraniques, c’est-à-dire au même rang que tous ceux qui ont répondu présents en défendant, corpst eâme, leurs libertés de conscience, de croyance et d’expression, durant les 13 premières années, dures et pénibles, de la vie du prophète et de sa petite communauté de foi à la Mecque !
 
À toutes ces premières suppositions que j’ose formu ler, il convient d’ajouter un autre élément qui devrait lui aussi pouvoir nous instruire sans faute : il s’agit de la quantité astronomique de ces récits - présentés comme paroles prophétiquesuthentiquesa ou assimilées ainsi - que Abou Hourayra a pu diffuser après sa conversion qui, nous le verrons, intervint à un stade relativement tardif.

L’historien égyptien des Hadiths, le cheikh Mahmoud Abou Rayyah (1), a comparé le nombre de Hadiths rapportés par Abou Hourayra avec la quantité, relativement négligeable, de récits rapportés par d’autres personnalités, très prochesdu prophète de son vivant et pourtant plus influentes que Abou Hourayra à cette époque. Dans ses deux livres Lumières sur la tradition mohammadienne (édité en arabe pour la sixième fois en 1957) etAbou Hourayra, cheikh de la Madirah (édité aussi en arabe pour la quatrième fois en 1993), l’historien s’est mis à éclairer les nombreuses zones d’ombre de la vie de ce personnage et à analyser en profondeur ses récits. L’une des conclusions communes qui émerge de la lecture de ces deux ouvrages est qu’entre les milliers de Hadiths rapportés par Abou Hourayra d’un coté, et les quelques dizaines de Hadiths rapportés par d’autres personnalités emblématiquesde l’autre , une évidence semble s’esquisser : y’a plus photo !


En    effet,    Abou    Bakr    As-Seddik,    deuxième    homme    à    avoir    reconnu    la    prophétie    de Mohammad, devenu son compagnon intime durant toute sa mission puis premier calife après sa mort, n’a pu rapporter que 124 Hadiths dont 104 cités dans L’histoire des Califes de As-Sayyouti et seulement 24 Hadiths dans le recueil de Al Boukhari ! (2)


Omar Ibn Al Khattab, après avoir rejoint les rangs des croyants six ans après l’annonce de la prophétie, devenu compagnon influent et très actifpuis deuxième calife après la mort de

Mohammad, n’a pu rapporter, lui non plus, que 50 Hadiths selon Ibn Hazm(3) sans même parler de son hostilité confirmée à l’égard de l’écriture des Hadiths. Car n’a-t-il pas usé de la violence physique, pendant son califat, pour empêcher des gens comme Abou Hourayra de publier des récits immortalisant les mensonges surles comptes de Dieu et de son prophète ? (4)


Ottmane Ibn Affane, un des premiers à répondre à l’appel prophétique, deux fois gendre de Mohammad et troisième calife après sa mort, n’a pu rapporter, quant à lui, que 9 Hadiths compilés dans le recueil deAl-Boukhari et seulement 5 Hadiths dans celui de Mouslim ! (5)
 
Ali Ibn Abi Taleb, cousin et gendre du prophète, premier mecquois témoignant de la foi en l’Unique et quatrième calife orthodoxe, estimé par ses talents littéraires et par ses connaissances étendues, n’a pu rapporter, lui, que 58 Hadiths selon As-Sayyouti, 50 selon Ibn Hazm et dont seulement quelques 20 Hadiths figurent dans le recueil de Al Boukhari ! (6)


Az-Zoubeir Ibn Al Awam, cousin du prophète et un des sept premiers à embrasser l’islam, n’a pu rapporter que 9 Hadiths retranscrits dans le recueil de Al-Boukhari et 1 seul – pas plus ! – récit dans celui deMouslim ! (7)


Abderrahmane Ibn Aouf, cousin de Mohammad, un des tous premiers, lui aussi, à reconnaître sa prophétie et une des personnalités providentielles et très influentes avant et après sa mort, n’a pu rapporter, lui, que 9 Hadiths cités dans le recueil deAl-Boukhari ! (8)


D’autres compagnons n’ont rapporté aucun Hadith, malgré la longue période qu’ils ont passé aux côtés du prophète. Et ils se comportaient d’ailleurs très majoritairement de la sorte !

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Par comparaison, selon les recherches de Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra a 5374 Hadiths à son actif, dont 446 sont considérés authentiques parAl Boukhari ! (9) « Y’a donc vraiment plus photo ! » comme dirait Mahmoud Abou Rayyah ! Quant aux travaux de l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi(10), résumés dans son livre Aktara Abou Hourayra et édité en arabe en 2002, ils remettent en question les récits de Abou Hourayra tant sur le plan quantitatif que sur le plan conceptuel et dogmatique ! Le chercheur dénombre plutôt 8740 Hadiths rapportés par celui-ci sur un total de62169 récitscompilés dans les neufs recueils reconnus comme références sacrées chez lesunnites. Ce qui représente tout de même plus de12% du volume total des Hadiths retranscrits. Soit 26,25% du volume total des Hadiths dans le recueil de Al-Boukharai et, excusez du peu ( !), tout de même 68,5% dans celui de Mouslim (!), comme le représentent les 3 graphiques suivants :

 

abouhourayra img2 lbl.jpg

 

Comment expliquer de telles disproportions à la lum ière des données historiques ?


A travers l’histoire, Abou Hourayra a pu focaliser sur lui et sur l’ensemble de ses récits les contestations et les soupçons de plusieurs personna lités emblématiques, que ce soit de la part de ses compagnons (As-Sahabah), de leurs successeurs (At-Tabi’ines ) ou même de la part des oulémas et de nos universitaires contemporains !


En effet, ces mises en garde ne nous parviennent pas seulement des chiites, bien que ces derniers le rejettent (pour des raisons politiques initiales devenues ensuite doctrinales), pour son acceptation/reconnaissance de la légitimité politico-religieuse des Omeyyades - en se mettant au service cupide de son leader Mouawiyah et en se refusant, par là même, par purs intérêts personnels, à soutenir la cause du pauvreAli Ibn Abi Taleb ! Il semble bien que l’ambition rende aveugle !


Mais d’abord, qui est cette personne ? Comment se fait-il qu’il ait pu soulever un tel tollé historique ? Quelles relations entretenait-il avec Mohammad et avec son entourage ? Combien de temps a-t-il passé à proximité du prophète ? Quels étaient ses qualités et ses défauts visibles et nuisibles ? Quels rôles jouait-il au sein de la cité médinoise ? Quelles fonctions remplissait-il du vivant et après la mort de Mohammad ? Que lui a-t-on reproché depuis ? Comment expliquer son omniprésence écrasante dans les recueils des Hadiths ? Quels étaient ses sources d’information et ses réseaux de diffusion ? Pourquoi s’intéresse-t-on autant désormais à ce personnage et à ses récits ? Quels impacts, positifs ou négatifs, ont ses récits sur la compréhension du message coranique etsur l’image du prophète, 14 siècles après sa mort ? En voilà des questions « qu’elles sont bo nnes » et auxquelles je vais tenter de répondre, afin de permettre à tout lecteur francophone de découvrir la biographie d’un personnage qui, bien qu’il ne soit pas une figure nationale gauloise, s’impose néanmoins comme légende indispensable à la compréhension de ce que l’on nomme communément la religion musulmane - avec la pratique cultuelles, l’intégration de ses fidèles dans les sphères culturelles, sociales et juridiques de la société ostp-moderne… Plus encore, la référence aux récits théologiques de ce personnage est de rigueurquant à la formulation des revendications des protagonistes de l’islam de la représentativité– l’autre variante de l’islam politique !


Cette  étude  propose  donc  une  approche  critique  de  la  biographie  controversée  de Abou Hourayra  pour  différencier  les  traits  fondamentaux   de  sa  personnalité,  de  son  passé antéislamique, de sa conversion, de son statut social et religieux au sein de la communauté de l’époque, de ses penchants idéologiques et politiques…


A la fin de cet ouvrage, une bibliographie présentera succinctement une liste non exhaustive de la littérature parue autour de ce personnage et qui reste relativement méconnue du grand public, même au sein de ladite communauté musulmanet cela pour 2 raisons essentielles : la sempiternelle censure d’un côté et la sempiternelle autocensure de l’autre côté !


En présentant une synthèse de l’ensemble des critiques historiques et contemporaines portées sur Abou Hourayra et ses Hadiths, je ne vise surtout pas à dénigrer ce personnage ou à amplifier injustement ses défauts en profitant de sa disparition physique depuis 14 siècles - même si sa défense reste assurée par toutes ses «rméesa » d’héritiers, mais je compte remplir essentiellement un contrat à 3 clauses et 4 verbes à l’infinitif : Informer, inviter et faire rêver!


Informer d’abord le lectorat francophone des éléments historiques méconnus dudit héritage islamique qui sont désormais, idéologiquement amputés et théologiquement cachés sous haute surveillance et à grand renfort médiatico-juridico-politique. En conséquence, ce lectorat ne voit et ne lit, en vérité, qu’une image/littératurereligieuse tronquée et biaisée de ce que l’on a permis de traduire, de produire et même de commercialiser. Il est ainsi réduit à se contenter, vu la barrière linguistique, de ce que l’on trouve habituellement dans les librairies « Halal » et dans les centres culturels islamiques ! Tel que : « Les 99 noms de Dieu » ; « Recueils des Hadiths » ; « Supplices de la tombe » ; « Comment faire la prière ? » ; « Signes de la fin des temps » ; « Iblîs fait-il partie des anges ? » ; « Dialogue avec un djinn musulman » ; « Ruses de Satan » ; « Mariage en Islam » ; « Horreurs de Géhenne »; « Curation par la graine noir » ; « Dormir selon la tradition prophétique »; « Sanction de l’apostasie » ; « voile islamique » ;… etc. Une littérature qui inonde le marché du li vre dit islamique, au voisinage des rares essais critiques visant une élite universitaire bien particulière et en déphasage total avec la réalité des mosquées de proximité.


Inviter ensuite, les consciences libres à procéder, par elles-mêmes, à une analyse critique et approfondie de l’ensemble des textes religieux – Hadiths entre autres – surtout ceux qui entretiennent la servitude ; qui justifient l’absolutisme et le totalitarisme et qui appellent à la haine, à la misogynie, aux discriminations, au raci sme, à la violence, à la guerre, à la stupidité et à la subordination intellectuelle, à l’esclavage    volontaire de tous nos cerveaux humains !


Faire rêverdu jour où l’Humain, quels que soient son sexe, sa race, sa condition sociale, son âge, sa religion,… sera considéré, protégé, soutenu et surtout libéré de l’emprise de toute servitude au politique justifiée par le religieux – mollah et texte – et aussi de toute subordination au théologique protégée par le politique !


J’espère de tout mon cœur que cette étude pourra re lancer les débats intra- et extra-communautaires sur les sujets occultés en partie par les héritiers/disciples inconditionnels de

Abou Hourayra et par les institutions de l’islam officiel qui, au nom de cet héritage controversé et problématique, s’accaparent le droit– divin (11) paraît-il – en orchestrant la mise en musique idéologique d’une parole au nom de Dieu, en empêchant, par tous les moyens, toute autre personne de penser à haute voix , de penser à Dieu sans ses présumés saints !


Enfin, je remercie chaleureusement Abdelaziz LAHOUAICHRI, Benjamin Yamine WEIL, Frank PETER, Joël MOUYSSET , Marie-Paule HEBLE, Mohamed Raouf RAHMANIA, Sami Awad ALDEEB ABU-SAHLIEH, Youssef BELGHEYATIYAH et aussi toutes les autres personnes qui ont relu, corrigé et suggéré d’utiles modifications afin d’assurer à cette étude fluidité, clarté et précision. En invitant ainsi le lecteur à se livrer par lui-même à la découverte d’un « continent » religieux ancestral et méconnu, face auquel l’intelligence collective semble être entrée – par la violence de l’histoire et du monde des hommes et par la volonté acharnée d’une caste de bien-pensants – en hibernation profonde et inquiétante pour notre futur immédiat.

1- Une carte d’identité pour le moins suspecte …

Abou Hourayra est principalement connu par son surnom et non par son nom ou par son affiliation familiale comme le veut la tradition. Un surnom dont on ignore l’origine exacte, puisque son porteur en proposa lui-même deux versions explicatives différentes :


Il disait, d’une part, que son surnom représentait un héritage patronymique. En raison de la petite chatte – Hourayra – avec laquelle il jouait quand il était tout petit (1), sa famille l’aurait donc surnommé Abou Hourayra. Mais il expliquait aussi, d’autre part, que c’était le prophète Mohammad qui lui avait attribué ce surnom puisqu’il possédait une petite chatte et qu’il prenait soin d’elle


Pour l’essentiel, Abou Hourayra n’était pas connu par son vrai nom, ni avant ni après son arrivée à Médine. D’ailleurs, historiens et biographes divergent au sujet de son vrai nom et de celui de son père.


An-Nawawi a choisi parmi 30 versions possibles Abd al-Rahman ibn Sakhr Ad-Dawsi comme nom plausible de Abou Hourayra (3). Ibn Hajar Al Askalany cite dans son livre Al-Issabah Fi Tamyize As-Sahabah – en arabe – 44 versions différentes du nom de Abou

Hourayra et du nom de son père (4)! Dans le même esprit, le biographeAd-Dahbi dresse la liste dans son livre Siyar Aâlam An-Noubala de différents noms probables. Abou Hourayra se nommait peut être Ibn Ghaname ou Abd Chamse ou Sakine ou Amer ou Abou Al Assowad…etc. (5) Dans son livre Des hommes autour du prophète, le biographe contemporain

Khalid Mohammad Khalid présume que Abou Hourayra s’appelait Abdchams qui se traduit par « l’adorateur du soleil » (6) ! La seule information que les biographes affirment avec certitude est que sa mère portait bel et bien le nom de Oumaymah fille de Sabih (7).


Comment se fait-il que ces biographes ignorent le nom de son père et semblent être sûrs de celui de sa mère ? Comment explique-t-on, sinon, toutes ces divergences qui ne concernent pas seulement un détail de la vie de Abou Hourayra mais un élément manifestement fondamental de son identité : son nom et le nom de son père ?


Les biographes ignorent aussi l’année de sa naissance et sa fonction au Yémen, son pays natal, avant son arrivée à Médine! La seule information que l’on trouve est ce que lui-même avait raconté en parlant de sa vie antérieure : toutes se misères endurées, d’après ses dires, dans sa vie d’orphelin et d’analphabète (8). Aucune autre personne le connaissant de près n’a pu donner d’informations supplémentaires ni corroborer ce qu’il a pu dévoiler de son curriculum vitae. On est presque pris en otage par des informations, assez souvent contradictoires et étranges, que Abou Hourayra n’a cessé de divulguer même bien plus tard sur sonpropre passé !

2- … suivie d’une conversion bien tardive !

Les choses se compliquent encore davantage lorsqu’il s’agit de chercher à savoir la période exacte pendant laquelle il vécut avec le prophète.. Des biographes et historiens médiévaux affirmaient, en se basant sur un récit de Abou Hourayra, qu’il eut embrassé l’islam en l’an 7 ou 8 de l’hégire au moment de la répartition du butin de l’expédition de Khaybar (1) ! Depuis, il se fut tenu en compagnie du prophète jusqu’à sa mort, 3 ou 4 ans plus tard. D’autres confirmaient que même s’il avait embrassé l’islam endantp cet événement, il ne resta en compagnie du prophète que durant 1 an et 9 mois (confirmation se basant bien évidemment sur un autre récit de la « superstar » désormais incontestable de mon livre : Abou Hourayra !
(2)).


En effet et à en croire cette dernière version, le prophète l’eut envoyé avec un groupe de compagnons, sous l’égide de Abou Al Alaa Al Hadramiy (3), pour résider à Bahreïn loin de Médine essentiellement à cause de ses comportements gênants à l’égard de tout son entourage (4)! Certains avancent l’idée d’un « ostracisme » doux de Abou Hourayra de l’espace médinois. Il se serait donc agi d’une mise à l’écart pédagogique, afin d’inciter Abou Hourayra à trouver un travail rémunérant et valorisant. Puisque sans activité productive, il préférait rester à la charge des bienfaiteurs, en ésidantr dans un lieu appeléAs-Soffah attaché à la mosquée/Al-Jami’i du prophète et réservé aux compagnons sans domicile.


Il reconnaissait dans des Hadiths authentiques (!) et donc considérés comme avérésu’ilq suivait les gens, comme Omar Ibn Al Khattab et Jafar Ibn Abi Taleb, dans les rues jusqu’à leurs demeures en mendiant, qu’il s’invitait abusiv ement chez eux, qu’il faisait semblant de vouloir apprendre le Coran, qu’en vérité il ne cherchait qu’à mettre ces hôtes/cibles dans des situations embarrassantes pour qu’ils lui donnent de quoi se nourrir et se vêtir(5). Néanmoins, je ne suis pas en train de me moquer de la pauvreté supposée de Abou Hourayra. Ce qui m’intéresse dans son histoire c’est -1) de comprendre les raisons pour lesquelles il fut envoyé si loin de Médinequelques mois après son arrivée et –2) pourquoi pas de réussir à mettre la main sur la clef qui nous permettra enfin d’enrichir notre compréhension de ce personnage paradoxal, énigmatique et pourtant très présent dans l’inconscient collectif des sunnites.

3- Et aussi un peu de mathématiques, s’il vous plaît !

Une troisième version conclut que Abou Hourayra n’était pas du tout compagnon du prophète ! Il s’agit de l’un des résultats de recherches comparatives conduites par l’universitaire marocain Mustapha Bouhandi qui figure dans son livre (1) mentionné précédemment et qui a pu provoquer, depuis quelques années, la colère des imams marocains ! Bien que Bouhandi n’ait fait que rassembler et recouper les différentes informations, dévoilées intégralement parAbou Hourayra, et qui figurent bel et bien dans les références historiques reconnues par les sunnites,en respectant minutieusement les règles d’investigation et de recherche historique, pour pouvoir aboutir enfin à de telles conclusions !


Bouhandi nous propose un moment « mathématique » agréable isantv à préciser exactement l’année du calendrier hégirien(2) durant laquelle Abou Hourayra a pu embrasser l’islam, en partant des données suivantes :

Premièrement : « Le prophète est décédé en l’an 10 ou 11 de l’hégire ». (3)


Deuxièmement : « A l’annonce de sa nouvelle conversion Abou Hourayra confirmait avoir entre 33 et 39 ans ». (4)


Troisièmement : « Il a vécu, selon les différentes versions, entre75 et 78 ans ». (5)


Quatrièmement : « Il est décédé entre l’année 57 et l’année 60 l’hégirede ».(6)


En quelle année hégirienne Abou Hourayra s’est-il converti à l’islam ? S’interrogeait l’universitaire marocain !


Pour répondre à cette question en 4 pages de son livre, Bouhandi a fait appel à quelques connaissances élémentaires de mathématiques, en l’occurrence les opérations d’addition et de soustraction, au risque même de ne pas permettre à quelques imams traditionnels – vieux routiers de la manipulation des textes et non pas des chiffres et qui l’ont de ce fait critiqué et maudit du haut de leurs tribunes hebdomadaires – de suivre sa logique !
 
Pour faciliter la compréhension du travail de Bouhandi à l’ensemble des lecteurs, je me suis amusé à le décliner sous forme d’étude de cas, en upposant que Abou Hourayra ait vécu 78 ans. Les conclusions ne changeront pas si l’on suppose qu’il ait vécu 75 ans.


Mes 4 cas de figures sont les suivants :

 
1er cas : (Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 57 d e l’hégire)


Abou Hourayra a vécu « musulman » pendant45 ans

Car : 78 – 33 = 45


L’année de sa conversion est 12 hégirienne.

Car : 57 – 45 = 12

 

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Conclusion :

Abou Hourayra s’est converti à l’islam en l’an    12 de l’hégire.

Un à deux ans après la mort du prophète.
 


2ème cas : (Conversion à l’âge de 33 ans et décès en l’an 60 d e l’hégire)

Abou Hourayra a vécu « musulman » pendant45 ans

Car : 78 – 33 = 45

L’année de sa conversion est 15 hégirienne.

Car : 60 – 45 = 15


Conclusion :

Abou Hourayra s’est converti à l’islam en l’an    15 de l’hégire.

Quatre à cinq ans après la mort du prophète.
 

 
3ème cas : (Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 57 d e l’hégire)


Abou Hourayra a vécu « musulman » pendant39 ans.

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion est 18 hégirienne.

Car : 57 – 39 = 18


Conclusion :

Abou Hourayra s’est converti à l’islam en l’an    18 de l’hégire.

Sept à huit ans après la mort du prophète.
 

4ème cas : (Conversion à l’âge de 39 ans et décès en l’an 60 d e l’hégire)

Abou Hourayra a vécu « musulman » pendant39 ans

Car : 78 – 39 = 39

L’année de sa conversion est 21 hégirienne.

Car : 60 – 39 = 21


Conclusion :

Abou Hourayra s’est converti à l’islam en l’an    21 de l’hégire.

Dix à onze ans après la mort du prophète.
 
Ce dernier cas de figure me semble le moins plausible car il y a d’autres éléments de sa biographie qui montrent qu’il fut nommé gouverneur de Bahreïn par Omar Ibn Al Khattab en l’an 20 de l’hégire, ce qui signifie qu’il s’est converti à l’islam bien avant cette date !


De ces calculs, rassemblant et recoupant des informations rapportées, en grande partie, par

Abou Hourayra et par d’autres récits historiques sur sa vie, l’universitaire Bouhandi conclut que celui-ci n’a embrassé l’Islam en vérité que pendant quelques années(7), de deux à dix ans, après la mort du prophète Mohammed. Et ce, juste avant ou pendant le mandat du deuxième calife Omar Ibn Al Khattab.


Continuer à prétendre, désormais, qu’il était compagnon intime et permanent du prophète ne tient pas debout et manque cruellement de crédibilité et de solidité historique. Par conséquent, il n’a jamais été le compagnon rapproché du prophète comme cela est confirmé dans certains Hadiths qui se présentent comme des références authentiques et immuables !

4- Était-il compagnon ou imposteur ?

Au-delà des calculs mathématiques élémentaires quirisquent de froisser la sensibilité littéraire de certaines âmes – mais calculs mathématiques élémentaires qui eux, au moins, ne peuvent pas mentir ! –, si Abou Hourayra était vraiment un voire le compagnon intime du prophète, comment explique-t-on son absence au moment de la mort de son maître Mohammad ? Car la moindre des choses eut été de rendre compte de cetévénement douloureux et marquant pour toute une communauté. Pourquoi n’a-t-il pas rapporté de Hadiths traitant les détails des derniers jours de la vie du prophète et ce qui s’est passé le jour de son décès (1) ? Comment explique-t-on son mutisme, lui qui aimait rapporter la tradition, lui qui n’a pas rendu compte des débats politiques (2) qu’a connut Médine le jour même de la mort du prophète et qui avaient conduit à la désignation de Abou Baker comme premier successeur du prophète à la gestion sociale, politique et économique de la cité? D’ailleurs, pourquoi n’a-t-on pas choisi Abou Hourayra comme premier calife, s’il était vraiment aussi talentueux que certains veulent nous le faire croire, c’est-à-dire « un compagnon e xceptionnel doté d’une prodigieuse mémoire, de qualités incomparables, et le gardiennfaillible de la sagesse prophétique » ?


Autre élément de réflexion : (comme je l’ai déjà mentionné dans la série «Mosquée dans la cité : réalités et espoirs»!publiée sur ce blog), le prophète administrait,chaque vendredi de son vivant, le rassemblement hebdomadaire. Et on sait que dans une année il y a bien 52 ou 53 vendredis. Si l’on admet que Abou Hourayra a effectivement accompagné le prophète, de manière permanente et ininterrompue, durant les quatre dernières annéesde sa vie, il aurait dû logiquement assister à plus de 200 rassemblements. Et puisqu’il jouissait, nous dit-on, de cette mémoire si prodigieuse et d’une volonté inflexible visant à préserver le patrimoine et la parole prophétique (présumée deuxième source de lareligion islamique), il aurait dû normalement nous rapporter sans faute l’intégralitédes 200 discours ou débats publiques correspondant à tous ces 200 vendredis !


Où sont donc passés ces discours et le contenu de ces débats publics ? Comment se fait-il que Abou Hourayra n’ait rapporté le contenu d’aucun discours hebdomadaire et le rapport détaillé d’aucun échange ? Ces discours et ces échanges ne méritaient-ils pas d’être transmis aux générations futures au même titre que l’histoire passionnante de la vache qui parle ?


Les seuls discours dits prophétiques que l’on retrouve aujourd’hui à la lecture des livres de biographie de Mohammad sont, en effet, son discours prononcé lors de sonPèlerinage de l’Adieu (3) en l’an 10 de l’hégire et quelques rares passages tirés d’autres discours mais qui ne représentent en réalité que 2 % de l’ensemble des Hadiths rapportés ! Mais Abou Hourayra a-t-il accompagné le prophète lors de son dernier pèlerinage puisque ce n’est pas lui qui a rapporté ce discours (4) ?

5- La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

Face aux critiques nombreuses et incessantes, Abou Hourayra éprouva de plus en plus le besoin de se justifier en tenant un discours visant à faire taire les soupçons des uns et des autres. Le voici (1) : « Vous dites qu’Abou Hourayra abonde trop dans la transmission des Hadiths du prophète. Eh bien ! Mes compagnons immigrés [les Mouhajiroun] étaient occupés par leurs commerces dans les marchés et mescompagnons indigènes [les Ansâr] faisaient accroître leurs richesses (Et dans une autre version, les Ansâr étaient occupés par leurs terres). Pendant ce temps, j’étais un homme pauvre qui ne se détachait pas du Messager de Dieu. Je tenais à être toujours présent quand eux s’abstenaient et je retenais dans ma mémoire quand eux oubliaient. Et puis un jour, le prophète nous a dit : Que celui qui étale devant moi son habit tout en écoutant maparole (Hadith) puis le retire à lui, celui-ci n’oubliera jamais ce qu’il aura entendu de moi. J’ai alors étalé ma cape et il m’a dit des Hadiths, puis je l’ai retiré à moi. Par Dieu ! Depuis, je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu du prophète. De plus, je ne vous aurais jamais rapporté des Hadiths si cela n’était pas une obligation, car Dieu dit : « Ceux qui dissimulent ce que nous avons fait descendre de preuves et de guidance, après même les avoir explicitées aux hommes dans l’Ecriture, ceux-là Dieu les maudit, et les maudisse qui les ma udira » (2) »


Il reconnaissait, en bref, dans ce récit qu’il faisait l’objet de critiques incessantes de la part de ses contemporains. En riposte à leurs attaques, il a essayé de redorer son image tout en dénigrant implicitement les actions de ses autres compagnons pour lesquels, selon lui, l’apprentissage du savoir prophétique n’était qu’activité subalterne. Puisque, toujours selon Abou Hourayra, les uns et les autres étaient pris par le commerce, l’agriculture et les richesses de ce bas monde. En plus, il soupçonnait ces mêmes compagnons d’omettre ce savoir et de manquer à leurs obligations quant à sa transmission aux générations futures, en dissimulant ce qui devait être propagé. Pour lui, qui a même oséinsia se hisser au même rang que Dieu, ceux-là méritaient d’être maudit s: « Dieu les maudit, et les maudisse qui les maudira » !


Par ailleurs, le Coran témoigne en faveur de certains hommes qui glorifient Dieu matin et soir dans Ses Maisons, Il dit : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Leglorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de lajoie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la prière et de faire l’aumône, car ces hommes redo utent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante» (3). En recoupant ce signe coranique avec le témoignage deAbou Hourayra de nombreuses questions surgissent spontanément :


Les compagnons du prophète étaient-ils tous à l’image de ce que décrivait Abou Hourayra ou au contraire reflétaient-ils cette image du dévouement sans limites qu’inspire ce signe coranique ? Est-ce vrai que des compagnons (comme Abou Baker As-Seddik, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb…) oubliaient ce que leur enseignait le prophète, a  u moment où

Abou Hourayra s’en rappelait ? Est-ce vraisemblable que ces compagnons manquaient à leurs obligations de transmettre le savoir prophétique : le Coran ? Est-ce vraisemblable que ces compagnons dissimulaient ce que Abou Hourayra avait choisi de diffuser ? De quelle(s) dissimulation(s) parle-t-on, parce que le signe coranique cité justement par Abou Hourayra parle explicitement de la dissimulation du Coran (l’Ecriture) et non pas d’autres textes – Hadiths en l’occurrence ?


Et cette histoire magique – pour ne pas dire supers titieuse – de la cape que Abou Hourayra avait étalé devant le prophète, n’est-elle pas montée de toutes pièces parAbou Hourayra ? Pourquoi personne d’autre n’en a-t-il parlé ? Pourquoi les autres compagnons n’ont-ils pas étalé leurs habits afin de « collecter » un maximumde savoir prophétique ? Si le prophète avait fait un don « magique » à Abou Hourayra pour lui permettre de ne plus rien oublier de ses enseignements, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas alors appris le Coran par cœur (4) ? Le prophète cachait-il des enseignements sur ses compagnons pour les apprendre exclusivement à Abou Hourayra ?  Profitait-il de l’absence de ses compagnons pour rester en tête-à-tête avec Abou Hourayra ? N’éduquait-il pas les compagnons pour qu’ils aillent travailler et qu’ils puissent ainsi subvenir à leurs besoins élémentaires (5) ? N’avait-il rien d’autre ou de mieux à faire que de rester avec Abou Hourayra ? Et ses enfants (6), ses femmes, ses proches, où étaient-ils pendant que le prophète restait en tête-à-tête avecAbou Hourayra ?...


On s’aperçoit sans trop de difficulté, et avec un minimum de bonne foi, que Abou Hourayra n’est absolument pas crédible. Car, même en supposant qu’il ait collé au prophète pendant les 3 dernières années de sa vie, il y a de nombreux éléments objectifs de la biographie du prophète qui rendent ses prétentions inacceptableset même insupportables tant à l’égard du prophète que de ses compagnons. Une simple lecture des chapitres de la biographie prophétique correspondant aux 4 dernières années desa vie – bien que l’écriture et la transcription de celle-ci soulèvent également moultinterrogations – montre que le prophète avait d’autres obligations que de rester en compagnie de Abou Hourayra pour lui raconter des histoires insensées et à la limite de la superstition dignes de la cartomancie ou du père Noël !

En effet, bien que cette biographie soit écrite principalement sous l’angle guerrier (7) pour servir, comme nous le verrons au chapitre 9, la propagande « va-t-en-guerrière » des Omeyyades, elle aide néanmoins à mieux approcher le quotidien éreintant du prophète. Il se trouve qu’à partir du premier mois de l’année 7 de l’hégire (Muharram) jusqu’à sa mort en début de l’année11, le prophète – déjà âgé de 60 ans ! – avait un emploi du temps harassant et rigoureux. Car en plus des 29 expéditions défensives (8), déployées en cette période, dont le nombre de combattants variait de 10 à 3000 personnes (9), le prophète a dirigé en l’an7 une armée de 1600 personnes durant la bataille de Khaybar (10). Il a organisé le petit pèlerinage (Umra) à la Mecque avec 2000 personnes (11). Il a envoyé des émissaires diplomatiques (12) aux différents rois et empereurs persans, byzantins, coptes…


Après 7 ans d’exil à Médine, il a conduit la prise de la Mecque (Al Fath), à la tête de 10.000 hommes (13), en l’an 8 de l’hégire. Il a dirigé la bataille deHunayn et le siège de Ta’if à la tête de 12.000 hommes (14) et une marche vers Tabûk au nord de la péninsule avec30.000 hommes(15). (16)Tout au long de l’an 9, baptiséAnnée des députations , il est resté à Médinepour recevoir les émissaires des tribus de la péninsule arabe, afin de conclure avec eux des alliances régionales et de signer des conventions de paix. C’est la raison pour laquelle il n’a pas pu guider les pèlerins à la fin de cette année, et c’est pour cela aussi qu’il a chargé Abou Baker As-Seddik d’accomplir cette mission, tandis que lui restait à Médine pour continuer d’accueillir des émissaires tribaux (17).


En l’an 10, il a conduit des dizaines de milliers de pèlerins pendant son Pèlerinage de l’Adieu qui était l’un des derniers grands moments de sa vie de prophète et de Messager, puisque Mohammed mourut quelques semaines plus tard (18).


Que de grandes entreprises qui demandaient de la disponibilité, de la planification, de la maîtrise des données objectives de la péninsule arabe et de ses alentours, de la vigilance à l’égard des menaces et des dangers venant de tous bords et qui planaient sur Médine, de l’orientation et de l’éducation de ses compagnons pour réussir une mission compliquée, dont les paramètres se multipliaient proportionnellement avec l’élargissement de la communauté. 24
 
Ce faisant, le plus dur n’était pas le fait de réusir en soi mais d’assurer, dans un premier temps, la sécurité de la communauté naissante, d’avancer sans faire trop de dégâts, sans trahir les valeurs ni violer les principes de son propre message et, dans un deuxième temps, d’éduquer les gens à l’humilité, à la modestie et à ne pas transformer les réussit es de la veille, en échecs douloureux et inhumains des lendemains... comme à l’image de ce qui arriva quelques heures seulement après sa mort, au moment de la désignation du premier calife !(19)


Le prophète se chargeait, en plus, de la gestion sociale de Médine qui représentait une terre d’accueil pour une immigration massive et hétéroclite (20), immigration qui posait de réels problèmes sociaux, économiques et culturels. Et d’ailleurs, Abou Hourayra prétendait être l’un des « sans domiciles fixes » de l’époque, au beau milieu d’un groupe de 70 personnes (21) qui s’abritaient dans l’annexe de la mosquée/Al-Jami’i et dans l’attente d’une solution économique et sociale trouvée par le prophète. Sansoublier bien sûr que Mohammad avait aussi une vie privée, neuf ou dix foyers conjugauxà gérer financièrement et surtout à combler d’amour et d’attention. En plus, il entretenait un cycle spirituel exigeant (22) en sa qualité de Messager, priant toute une grande partie de la nuit. De surcroît, il ne dormait que peu de temps, pour accomplir dès l’aube la prière et s’attaquer ensuite à la gestion des affaires de la cité : assurer sa sécurité, garantir à tout un chacun de quoi faire et survivre au jour le jour…


Il me semble que Mohammad qui assurait toutes ces fonctions, toutes ces responsabilités complexes et qui devait accomplir sa mission parfaitement en donnant l’exemple aux autres et en enseignant (23) le sens de la responsabilité, de la perfection, dela justice, de la solidarité, de la bonté… ne pouvait que manquer cruellement de tem ps. Et même s’il disposait de quelques minutes de répits de temps à autre, il me semble qu’il ne les consacrait pas à raconter à Abou

Hourayra des histoires superstitieuses et des fables surréalistes qui, dépossédées du caractère sacré et dogmatique, ne pourraient éventuellement ueq servir les enfants en stimulant leurs sens de l’imagination et de l’affabulation. Toute a ffabulation qui, si on lui attribue un caractère sacré et dogmatique qu’elle ne possède enaucune façon, conduira nécessairement à une double catastrophe intellectuelle et éthique de tous ces « petits » enfants devenus, au moins dans leurs apparences physiques, des « grands » adultes. Car lorsque l’on doit hélas en arriver là, il ne reste plus qu’un seul mot d’ordre actuel : gare aux mythomanes !


Quoi qu’il en soit, Abou Hourayra, à travers les éléments connus de son identité, nous met face à des décisions et des choix cruciaux à faire absolument et en tout état de cause. Et ce, pour mieux comprendre ses prétentions et ses aspirations dans le passé et aussi pour mieux 25
 
évaluer l’ensemble de ses récits/Hadiths qui sont considérés comme deuxième source de l’islam par les « mollahs » sunnites dans le cadre de toutes leurs institutions.


En effet, si ce personnage était bien le compagnon intime du prophète, pourquoi a-t-il alors donné des versions contradictoires, pour ne pas dire mensongères, sur des éléments de sa propre biographie (son nom, son âge, l’année de sa conversion par exemple) ? Comment peut-on prétendre avoir une mémoire prodigieuse et infaillible retenant des milliers de Hadiths, sachant que la moindre des choses est d’abord de se rappeler des éléments de sa propre vie, et au détail près ? Doit-on croire une personne sur parole sachant qu’elle a menti sur son passé ? Au final, cette personne est-elle crédible ? Ma réponse est bien sûr que non !


Et si au contraire Abou Hourayra n’était pas du tout un compagnon du prophète, comme cela a été démontré par les travaux deMustapha Bouhandi, qu’allons-nous faire alors de l’ensemble de ses récits mensongers ? Allons-nous continuer à considérer le recueil de Al

Boukhari comme « la » deuxième source sûre (24), sacrée et infaillible de l’islam sunnite, sachant que plus de 26% de ses Hadiths sont rapportés par Abou Hourayra ? La même question vaut pour les présumées « Authenticités de» Mouslim composées à plus de 68% des récits deAbou Hourayra ? Devons-nous revoir les éléments de nos religiosités respectives, en terme de compréhension comme en terme de pratique cultuelle, qui sont basées sur des récits de Abou Hourayra ? Qui pourra continuer de croire en un Dieu taillé sur mesure par l’imagination mythique, débordante et farfelue de Abou Hourayra ? Allons-nous continuer à transmettre à nos enfants l’islam version Abou Hourayra, comme les mensonges sur le père Noël et avec tous les dangers que cela comporte en terme de perte totale de la confiance ? ...


Autant de questions qui sont occultées désormais par les Abou Hourayra(s) contemporains qui passent les plus clairs de leurs temps cultuels à vouloir maintenir les gens dans l’illusion grossière et néfaste d’une « religion armée », alors qu’autrefois, comme nous allons le voir, ce même personnage provoquait déjà de son vivant les soupçons des uns et les colères des autres. 

6- Des soupçons de Aïcha …

Les historiens et biographes nous racontent que la mère des croyants, Aïcha, vécut avec le prophète plus de 8 ans avant qu’il ne la quitta, alors qu’elle semble avoir eu l’âge de 18 ans (1). 8 ans est une durée relativement suffisante pour connaître de plus près le prophète

Mohammad plus que n’importe quelle autre personne, en faisant évidemment abstraction de ses autres femmes, de ses enfants, de ses proches et de tous ses compagnons familiers.


Il se trouve que les récits de Abou Hourayra l’ont interpellé à maintes reprises. Que ce soit par leurs quantités astronomiques ou par leurs contenus suspects (2) ! En effet, après la mort du deuxième calife, Omar Ibn Al Khattab, survenue en l’an 23 de l’hégire, douze ans après la mort du prophète, Abou Hourayra commença à diffuser en toute liberté des contes – dits

Hadiths – en se présentant toujours comme le compagnon à l a prodigieuse mémoire inégalée et en faisant passer ses élucubrations pour des citations prophétiques insoupçonnables (3) !


Un jour, Aïcha reprocha à Abou Hourayra le fait de ne plus cesser de raconter aux gens des récits suspects. Et Abou Hourayra de lui répondre : «Au moment où j’accompagnais le prophète de plus près pour apprendre ses Hadiths, oi,t tu t’occupais plutôt de ton miroir, de ta boîte à khôl et de tes crèmes de beauté » (4). Prononcée par Abou Hourayra à l’égard de l’une des mères des croyants (!), cette réponse, incontestablement éloquente et respectueuse, montre à quel point ce personnage posait déjà de sérieux problèmes à son époque et à celle qui faisait partie de la sphère privée et intime duprophète : l’une de ses propres femmes.


Or, le prophète cachait-il des Hadiths à ses propres femmes pour ne les divulguer exclusivement et en toute discrétion qu’à Abou Hourayra ? Aïcha préférait-elle s’intéresser à sa beauté plutôt qu’à l’apprentissage du savoir de son mari ? Aux yeux de Aïcha, les produits cosmétiques étaient-ils plus intéressants que les agesses prophétiques comme osait le prétendre et même le lui reprocher inélégammentAbou Hourayra ?...


Un autre événement survînt quelques années plus tard, vers l’an 43 de l’hégire, opposant de nouveau Aïcha à Abou Hourayra. Il s’agit d’un Hadith - compilé dans les « Authenticités » de

Mouslim et dans le « Mousnade » de Ahmed Ibn Hanbal - que Abou Hourayra a rapporté et aussitôt réfuté parAïcha, seulement quelques jours plus tard !
 
Abou Hourayra racontait que le prophète avait dit ceci : « Celui qui se réveille un matin du

mois de ramadan souillé à la suite d’un rapport charnel avec sa femme, doit s’abstenir de

jeûner » (5). Lorsqu’elle entendit parler de ce Hadith, Aïcha démentit immédiatement cette information en s’appuyant non seulement sur sa connaissance de ce que faisait le prophète dans de telles situations, mais aussi sur le témoignage de Oum Salama, une autre femme du prophète. Toutes les deux témoignèrent dans unHadith compilé dans les « Authenticités » de

Al Boukhari et de Mouslim que : « Il arrivait que le prophète se réveillait le matin souillé à

la suite d'un rapport charnel, et malgré cela il poursuivait son jeûne » (6) !


Abou Hourayra se trouva pris au piège de ses propres dires puisque son Hadith fut démenti par deux des femmes connaissant le prophète mieux que lui, et sur un sujet qui les concernaient de près. Néanmoins, il réussit tout demême à trouver malicieusement une issue de secours en prétendant que ce n’était pas lui quiavait entendu le prophète dire cela mais qu’un autre compagnon, nommé Al Fadl Ibn Abbas (7) , l’avait entendu et le lui avait rapporté ! Et puisque Al Fadl Ibn Abbas était déjà mort depuis 25 ans (8) il n’existait évidemment plus aucun moyen de vérification maisAbou Hourayra s’épargna l’opprobre ! En fait, au lieu de reconnaître son erreur, il préférafaire porter ce mensonge sur le dos d’un défunt. Après tout, pourquoi pas ?


Un autre Hadith traitant de la poésie, rapporté parAbou Hourayra était aussi sujet à la critique et à la rectification par Aïcha. Abou Hourayra rapportait que le prophète avait dit un jour : « Il

vaut mieux pour un homme que sa cavité soit rempliede pus et de sang plutôt qu’elle soit

plein de poésie» (9). Hadith qui peut signifier un rejet absolu de la poésie par le prophète ! En entendant ce Hadith, Aïcha réagit de nouveau sans attendre, en soupçonnant Abou Hourayra de ne pas transmettre exactement ce qu’avait dit le prophète. Ainsi elle rectifia ce Hadith en disant : « Il vaut mieux pour un homme que sa cavité soit remplie de pus et de sang plutôt

qu’elle soit pleine de poésie blasphématoire à mon égard !» (10) Elle précisa donc que la poésie remise en cause était celle qui se moque etqui dénigre le prophète, puisqu’il s’agissait selon Aïcha et dans l’esprit de son mari de dénoncer la poésiediffamatoire et non la poésie dans l’absolu, comme l’avait prétendu Abou Hourayra.
 

(5).

7-  … à la colère de    Omar !

Entre le deuxième calife Omar Ibn Al Khattab et Abou Hourayra les relations étaient très tendues ! Voilà ce que nous racontent les historien s de cette époque. Et ce, pour 2 raisons essentielles : la première était en relation direct avec la quantité et la contestation des contenus des récits de Abou Hourayra, la seconde concernait l’honnêteté et la confiancedans lesquelles Abou Hourayra, nous allons le voir, n’étaient pas non plus un exemple à suivre…


Selon  les  historiens,  Omar  Ibn  Al  Khattab  avait  nommé Abou  Hourayra  gouverneur  de

Bahreïn en l’an 20 ou 21 de l’hégire (1). Et ce, après la mort de l’ancien gouverneur Abou Al

Alaa Al Hadramiy qui avait été, lui, nommé directement par le prophète Mohammed. Omar s’appuyait pour faire ce choix sur le fait que Abou Hourayra faisait partie de l’équipe qui accompagnait Al Hadramiy bien que les habitants de cette contrée ne le connaissaient que comme muezzin [celui qui fait l’appel à la prière] (2) – et non comme imam [celui qui conduit la prière] – dans l’une de leurs mosquées.


On citait aussi d’autres critères qui motivaient ce choix, parmi lesquelles figurait la volonté de

Omar de garder les gens d’expérience et de confiance proche de la direction centrale située à

Médineet de nommer gouverneurs des contrées lointaines des personnes relativement jeunes pour acquérir de l’expérience(3). Abou Hourayra rentrait dans cette catégorie puisqu’il était âgé de moins de 40 ans au moment de sa nomination et qu’il n’était pas du tout expérimenté pour rester à Médine à côté du calife, à l’image de Ottmane, de Ali et bien d’autres compagnons.


Deux ans plus tard, Omar releva Abou Hourayra de ses fonctions parce que ce dernier s’était constitué quelques richesses personnelles en faisant mauvais usage de l’argent public et nomma alors Ottmane Ibn Abi Al Asse At-Takafi (4) à la place de cet indélicat.


D’après plusieurs versions, Abou Hourayra avait détourné quelquesmilles dinars de l’argent

public    collecté    auprès    des    musulmans    et    correspondant,    entre    autres,    à    leurs    zakat

L’essentiel n’est pas de savoir exactement et à la virgule près la somme détournée parAbou Hourayra mais plutôt de s’arrêter sur le fait accompli. Et qui vole un œuf vole un bœuf !
 
A son arrivée à Médine, il dut s’expliquer et rendre compte de cette affaire devant Omar le calife. L’entretien se passa très mal entre les 2 hommes. On raconte que Omar dit à Abou Hourayra : « Ennemi de Dieu, ennemi de son Livre ! As-tu osé voler le bien de Dieu ? Sinon, d’où as-tu les dix milles ? » (6) Et Abou Hourayra lui répondit : « Je ne suis ni l’ennemi de Dieu ni l’ennemi de son livre. Je suis plutôt l’ennemi de leurs ennemis et je ne suis pas celui qui vole le bien de Dieu ! Quant à c es dix milles, il s’agit des chevaux qui se sont reproduits et des dons qui se sont succédés duciel !» (7), comme si auparavant, ce dernier avait été propriétaire de chevaux et commesi du ciel, l’or et l’argent pleuvaient !


Dans une autre version, Abou Hourayra justifiait l’acquisition de ces biens par les bénéfices de ses activités commerciales à Bahreïn, en provoquant ainsi la colère de Omar qui répliqua : « Nous vous avons nommé gouverneurs et pas commerçants ! » (8). Ensuite Omar contraignit

Abou Hourayra, cette fois-ci par la force, à rendre cet argent in du à Bayte’mal al mouslimine

– le « Trésor public » de l’époque (9). Il le mit à sang en le fouettant violemment pour donner ainsi l’exemple aux autres gouverneurs. Et il le menaça même d’expulsion vers son pays natal, le Yémen, pour y goûter une nouvelle fois la misère et pourquoi pas, pour y conduire les « ânes » de cette région au pâturage au lieu de gou verner les affaires humaines. (10)


Une deuxième affaire opposa une nouvelle fois les deux hommes lorsque Abou Hourayra commença à diffuser abondamment et en public des contes, récits et autres sornettes, qu’il attribuait sans aucun scrupule au prophète Mohammad. Omar contesta les contenus et la quantité de ces récits puisqu’il avait accompagnée lprophète de très près pendant18 ans et qu’il était donc en mesure de discerner le vrai du faux dans les récits deAbou Hourayra !


Omar décida d’interdire catégoriquement àAbou Hourayra de raconter tout et n’importe quoi sur le prophète au risque même d’encourir le châtiment corporel et l’expulsion de Médine. On peut reprocher tout de même à Omar cette mesure limitative de la liberté d’expression mais lorsque l’on voit les dégâts que causent aujourd’hui les récits de Abou Hourayra aux quatre coins du monde, on peut comprendre l’intérêt d’unetelle mesure sans pour autant l’admettre ou l’admirer sur la forme. Je veux surtout attirer l’attention du lecteur sur tous ces récits des
Hadiths appelant à la haine, à la misogynie, aux meurtres    et au trouble à l’ordre public. (11)


Ad-Dahbi rapporte dans ses biographies que Omar tenait Abou Hourayra en menaçant de l’expulser. Omar disait à Abou Hourayra: « Soit tu mets un terme à tes contes soit je vais te
renvoyer à ta tribu Daous au Yémen ! » (12). Quant à Ibn Abi Al Hadid, il rapporta ces propos de Omar à Abou Hourayra, dans son livre explicatif de Nahj Al Balagah écrit paraît-il par Ali

Ibn  Abi  Taleb  : « Mets    un  terme  à  tes  contes  nombreux  car  il  se  peut    que  tu  sois

mythomane !»(13).


Omar Ibn Al Khattab appelait les gens à lire le Coran et à se contente r exclusivement de ses contenus, sans aller chercher d’autres informations superfétatoires. Et c’est justement l’attitude que l’on trouve décrite dans le recueil d’ Al Boukhari. En effet, Abdallah Ibn Abbas

(14) rapporta un Hadith évoquant les derniers moments du prophète(15). Ce Hadith laisse à penser qu’avant la mort de celui-ci, il ordonna à c es compagnons de lui ramener de quoi écrire un autre livre – autre que le Coran ! – qui garanti rait aux gens la guidance et qui leur ferait éviter les conflits, comme si le Coran seul n’y suffisait pas. Et c’est Omar, selon ce Hadith, qui empêcha le prophète d’écrire un tel livre et qui lui rappela que le Coran était déjà amplement suffisant ! D’autres disent qu’il ne s’ag issait pas d’un livre, à proprement parler, mais plutôt d’un testament – wassiyyah en arabe – à dimension politique désignant le nom du calife qui allait lui succéder.(16)


Néanmoins, il n’est pas question pour l’instant d’analyser de plus près ce Hadith, ni de montrer son insolence à l’égard du prophète ni de découvrir de plus près le personnage de

Abdallah Ibn Abbas qui présentait des similitudes comportementales et idéologiques avec

Abou Hourayra à plusieurs niveaux. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’attitude de Omar envers le Coran et envers la diffusion des Hadiths. En optant exclusivement pour le Coran, des contemporains peuvent en déduire à travers cette attitude que Omar était un coraniste affirmé(17) et hostile à ladite sunna prophétique.


En outre, une décision fût prise. Omar empêchaAbou Hourayra de diffuser ses contes. Et ce ne fut qu’après la mort de Omar que Abou Hourayra put de nouveau renouer avec ses mauvaises et vieilles habitudes ! Selon Ibn Kathir dans Al Bidayah wa An-Nihayah, il disait : « Nous ne pouvions rapporter les Hadiths du prophète qu’après la mort de Omar qui nous
faisait craindre son fouet et sa colère ! » (18). Ce que confirmait des siècles plus tard le syrien

Mohammed Rachid Reda(19) (1865 - 1935), qui fut l’un des principaux maîtres  de l’imam

Hassan Al Banna le fondateur des Frères Musulmans, et qui avait écrit dans sa revue Al-Manar : « Si Omar Ibn Al Khattab avait vécu jusqu’à la mort de Abou Hourayra,

certainement on n’aurait pas eu tous ces Hadiths ! » (20). Dans ce cas de figure, y’aurait-il eu quelque chose que l’on aurait nommée sunna ? L’islam serait-il pour autant incomplet en l’absence des Hadiths de Abou Hourayra ?... 

Au vu de ces informations historiques, il est manifeste que Omar désapprouvait totalement les récits de Abou Hourayra ! Par conséquent, pourquoi Omar le soupçonnait, le frappait et le menaçait-il si ce dernier était vraiment l’un des compagnons de confiance permanent et proche du prophète ? Pourquoi n’a-t-il pas fait de lui l’un de ses consultants privilégiés, puisqu’il prétendait être l’hériter du savoir et dela sagesse prophétique ? Et siAbou Hourayra avait reçu le mandat de diffusion de ce savoir comp lémentaire, pourquoi a-t-il renoncé devant les menaces de Omar sachant que le prophète n’a renoncé devant aucunemenace ? Est-ce cela le bon exemple ? La vérité ne mérite-t-elle pas d’être dite au risque même de se voir infliger toutes sortes de tortures ?...

On raconte, par ailleurs (21), que Omar allait demander l’avis des femmes du prophète et de certains compagnons pour savoir comment gérer des ituations et quelles décisions prendre pendant son mandat de calife, en s’inspirant justement du comportement et de la sagesse prophétique. Les femmes du prophète et les compagnons de confiance rapportaient des informations et même des citations prophétiques pour aider le calife à faire le bon choix.

S’agit-il là de deux poids deux mesures de la part    de Omar ? Je ne le pense pas ! Puisque Omar faisait bien la distinction entre le Coran d’un cô té, comme texte révélé, source d’orientations générales, les sagesses prophétiquesqui, d’un autre côté, pouvaient, à un moment donné, apporter un éclairage pratique et procédural. Et c’est justement ce que demandait Omar aux différents consultants qui rapportaient des paroles de sagesse ne contredisant ni le texte ni l’esprit du Coran et qui sont restées jusqu’à aujourd’hui source d’inspiration et d’admiration. Par contraste saisis sant, les Hadiths rapportés par Abou Hourayra sont loins de refléter cette sagesse et cette fidélité à la révélation coranique.


Enfin, entre les récits de Abou Hourayra et les témoignages des proches du prophète, l’invraisemblance est plus que parfaite. Pourquoi donc de tels écarts ? D’où Abou Hourayra puisait-il ses contes et ses fables ? Qui était (étaient) son (ses) maître(s) penseur(s) ? Quelles étaient ses sources d’informations authentiques ?

8- Enseignements prophétiques ou récits talmudiques?

En réponse à ces questions, des historiens mettent l’accent sur un élément important qui souligne le rapport suspect qu’entretenait assidûment Abou Hourayra avec un rabbin talmudiste, nomméKaâb Al Ahbar . (1)


Celui-ci s’affichait publiquement comme converti à l’islam, depuis le mandat de Omar, mais qui ne l’était peut-être que pour s’infiltrer au sein de la communauté médinoise pour des raisons purement stratégiques (2). Une manœuvre singulière à ne pas mettre, peut-être, sur le compte d’une quelconque théorie du complot juif millénaire, opposant « musulmans » et « juifs », mais qui s’éclaire à la lumière des éléments politiques et des données militaires sur toute cette période de l’histoire, qui fut profondément marquée par des conflits opposant la communauté médinoise naissante et des tribus israélites voisines.


Kaâb Al Ahbar était un talmudiste érudit (3), originaire du Yémen tout comme Abou Hourayra(4). Après sa conversion apparente à l’islam, il se co nsacra à la diffusion de son savoir israélite dans les mosquées, en profitant des turbulences et du vide engendrés suite à l’assassinat de Omar Ibn Al Khattab (5). D’ailleurs, Kaâb faisait parti – à en croire les travaux historiques de Ibn Isshac, de At-Tabari et de Ibn Al Atir – d’une organisation criminelle secrète et pluriconfessionnelle, qui chargea le Persan mazdéen Abou Lou’alouah , vivant à Médineen captivité, d’assassiner Omar le calife (6).


A mon sens, ce crime avait 4 grands objectifs :


Premièrement, se venger de la défaite historique des Persans face à l’armée de Omar dans la guerre de Al Qadissiyah (7) en l’an 15 de l’hégire.


Deuxièmement, permettre aux Israélites de redorer un blason souillé par les défaites de leurs 4 tribus : Banou Qaynouqaâ, Banou Nadîr, Banou Koryazah et Khaybar dans les conflits qui
(8)
les ont opposés aux Médinois du vivant du prophète .


Troisièmement, préparer le terrain pour que les Omeyyades s’emparent à nouveau des pouvoirs et des privilèges qu’ils avaient perdus au moment de la prise de la Mecque par le prophète Mohammed.  (11).

Et quatrièmement, mettre ainsi un terme à l’évolution de la construction sociale que le prophète avait entamée en faisant disparaître les diverses formes de ségrégation, d’injustice, d’esclavage, de tribalisme, sources de guerres et de chaos structurel. Ces maux sociétaux resurgiront quelques temps après la mort du prophète, pour s’accentuer davantage pendant le mandat du troisième calife Ottmane Ibn Affane (9), et avant de s’enraciner définitivement avec l’instauration violente de la dynastie o meyyade.


Politiquement, cela signifia le démantèlement inattendu de toute l’organisation mise en place par le prophète et relativement bien pérennisée parles 2 premiers califes qui lui succédèrent. En effet, la concertation dans la gestion politique et sociale de Médine céda aussitôt la place, elle aussi, à un régime oligarchique, essentiellement basé sur un esprit tribal et clanique.


Symboliquement, cela signifia le retour triomphal et en force des valeurs antéislamiques ancestrales et le vieillissement prématuré des valeurs islamiques prônées et encore récemment instituées par le prophète. L’assassinat d’Omar le calife représentait, de ce point de vue, une victoire plus que symbolique et aussi une façon de faire d’une pierre 4 coups ! Mais comment être sûr de l’implication directe deKaâb Al Ahbar dans ce crime politique ?


Les historiens Ibn Isshac et At-Tabari rapportent un fait accablant qui confirme l’implication évidente de Kaâb , en le considérant comme l’un des principaux instigateurs de l’élimination physique de Omar (10).


En effet, un jour Kaâb vint rendre visite à Omar pour lui annoncer son entrée en martyre sous 3 jours ou sous 3 nuits !… Omar très surpris de cette annonce suspecte, demanda alors à Kaâb des détails supplémentaires etKaâb de lui répondre : «J’ai lu cela dans le texte de la Torah [Pentateuque] ! ». « Ah bon ! Trouvez-vous vraiment le nom de Omar dans la Torah ? » répliqua le calife. «Sûrement pas, mais j’y trouve votre descriptif ! » dit Kaâb


Le lendemain, Kaâb revint annoncer à Omar qu’il ne lui restait plus que 2 jours ! Et le surlendemain, il revint une nouvelle fois pour lui annoncer l’approche du jour « J » ! Or c’est exactement ce qu’il advint, puisqu’à l’aube de la j ournée suivante à la mosquée, Omar fut poignardé mortellement six fois par le PersanAbou Lou’alouah et qu’il succomba ainsi de ses blessures ! L’historien Ibn Saad rajoute qu’à ce moment douloureux Kaâb revint dire à Omar (12) que ses prévisions s’étaient réalisées ! On peut tout de même se demander légitimement 34 s’il s’agissait bien de prévisions nourries par des prophéties du Pentateuque ou au contraire d’un plan d’action criminelle très bien mené !


Kaâb dont les mains portaient encore les traces de sang du calife, se vit aussitôt octroyer le statut de maître spirituel et de savant érudit de ’islam ! Ces disciples se multiplièrent et parmi lesquels et pas des moindres, on retrouva « notre » fameux Abou Hourayra qui servit de canal de transmission au savoir talmudique israélite, légèrement transformé dans la forme pour finir en imposture du savoir prophétique !


Hélas, ce stratagème a prospéré depuis ce temps etjusqu’à nos jours. Car nombreux sont encore ceux qui n’arrivent toujours pas à admettre que Abou Hourayra n’était pas un lauréat de l’école prophétique mais un brillant disciple dutemple talmudique. Et pourtant Abou Hourayra ne cachait pas pour autant ses sources d’information et ses relations dans une grande intimité avecKaâb Al Ahbar !


Dans le Mowataa de Malik Ibn Anas, les Sounanes de Annassaiî, le Mousnad de Ahmed Ibn Hanbal et les Sounanes de Ad-Darimiy, Abou Hourayra confirmait ses relations avec Kaâb et racontait même qu’il était parti en voyage et à sarecherche jusqu’en Syrie pour s’enrichir de son savoir du Pentateuque et de ses connaissances talmudiques (13). Car juste après l’assassinat de Omar, Kaâb quitta Médineet s’installa à Damas en Syrie pour y devenir, « t otalement par hasard » nous dit-on, le conseiller politique de Mouawiyah qui y préparait, dès lors, les prises des pouvoirs par les Omeyyades et l’avènement de leur empire. (14)


Abou Hourayra et Kaâb se sont vus pendant un certain temps pour opérer visiblement une étude comparative entre lesHadiths de Abou Hourayra – et non pas le Coran ! – et le contenu de la Torah (15) ! Kaâb authentifia et valida ainsi ses contes et ses inventions de toutes pièces puis l’appuya en témoignant publiquement que ses Hadiths ne contredisaient pas le texte de la Torah et que Abou Hourayra était donc l’une des rares personnes (arabes) qui connaissaient la Torah pourtant écrite en hébreu et par cœur (16)!


Une autre question se pose cependant : pourquoi Abou Hourayra était-il parti jusqu’en Syrie à la recherche de ce rabbin converti ou quel savoir supplémentaire cherchait-il au juste s’il possédait  vraiment  tout  l’héritage  de  la  prophétiede  Mohammad ?  Pourquoi  était-il  allé chercher des additifs chez Kaâb  sachant que celui-ci, même en supposant que sa conversion fût sincère, ne rencontra jamais le prophète de sonvivant et qu’il n’était donc pas en mesure 35 de témoigner de quoi que ce soit ? Est-ce que l’authenticité des Hadiths de Abou Hourayra devait être évaluée par rapport à son degré d’harmonie avec l’esprit du Coran ou par rapport à sa concordance avec la Torah ? Est-il vrai que Abou Hourayra connaissait la Torah pourtant écrite en hébreu, lui qui ne savait même pas lireneu ligne du Coran, écrit en arabe, dans sa langue maternelle ? A qui faut-il encore rappeler que Abou Hourayra était analphabète et qu’il ne faisait même pas partie des gens qui connaissaient le Coran par cœur ?!


Comment explique-t-on, justement, le fait que Abou Hourayra ne connaissait pas le Coran par cœur mais qu’il connaissait prétendument la Torah ? Comment se fait-il que Abou Hourayra prétendait mémoriser les paroles du prophète par cœur mais qu’en même temps il ne mémorisait pas le Coran ? Le Coran ne méritait-il asp d’être mémorisé au même titre que les Hadiths ? Sinon, en quoi la connaissance par cœur de la To rah pouvait-elle représenter un nouvel intérêt dans l’authentification et la transmission d’un quelconque savoir prophétique ?


Par ailleurs, le fait de valoriser Abou Hourayra de cette façon, ne faisait-il pas partie de la stratégie intelligemment menée par Kaâb ? Une stratégie inaugurée par sa conversion apparente qui lui permit de gagner davantage la confiance et le pouvoir d’agir à sa guise et de diffuser en toute sécurité et impunité des conceptsplutôt proches des croyances juives que des idées contenues à un état embryonnaire dans le Coran, par une simple attribution de complaisance au prophète. Une telle aventure ne pouvait pas être menée à terme sans l’élimination physique de Omar qui, de ce point de vue, représentait un obstaclephysique réel face aux projets de Kaâb puisque Omar s’opposait farouchement à la diffusion des Hadiths de Abou Hourayra… Ledit Abou Hourayra que Kaâb – nous l’avons déjà vu plus haut - considérait comme un canal fiable et pouvant assure pareille pénétration théologique !


Comment se fait-il que Kaâb ait autant valorisé quelqu’un que Omar avait soupçonné et même frappé et qualifié de mythomane ? Doit-on prendre en compte les avertissements de Omar à l’encontre de  Abou Hourayra ou bien les éloges obséquieux que lui faisaitKaâb  ? Les Hadiths de Abou Hourayra reflètent-ils réellement les sagesses prophétiquesou bien les enseignements talmudiques qui étaient les plus opportuns pour Kaâb  ?...


On  s’aperçoit  très  vite,  en  effet,  de  l’influence,    directe  ou  indirecte,  de  Kaâb    sur  Abou Hourayra à la lecture de nombreux Hadiths présumés « authentiques », signés par ce dernier. Ces Hadiths, en vulgarisant les croyances talmudiques, témoignent de l’ampleur de la pénétration ancestrale de nombreux concepts et traditions israélites jusque dans l’inconscience collective de ladite communauté musulmane, qui reste majoritairement animée par la culture religieuse, celle-ci continuant de se diffuser en grande partie à travers ces mêmes Hadiths.


Les exemples de cette pénétration sont nombreux. Même les religieux officiels, ou reconnus comme tels, reconnaissent l’existence de cette influence nuisible mais sans en faire grand cas. Car ces mêmes religieux ne vont pas au-delà de ce constat et n’épurent pas textuellement leurs propres livres des résidus de cette influence(17). Charge donc au lecteur néophyte ou confirmé de faire ce travail critique, au risque de provoquer la colère de ces mêmes religieux ; surtout lorsque l’on pointe du doigt un personnage, hautement sacralisé, tel queAbou Hourayra !


Pour ne citer qu’un simple exemple parmi tant d’aut res, Abou Hourayra rapporta un Hadith dans les présumées « authenticités » deAl Boukhari et de Mouslim, dans lequel il affirma que le prophète Mohammed avait raconté un jour l’histoire d’un prophète israélite nomméJosué, fils de Noun. Ce dernier, étant parti en guerre, avait ordonné ua Soleil, par la grâce de Dieu, de s’arrêter pendant un moment en lui permettant ainsi d’achever son Jihad contre les ennemis de Dieu à la lumière du jour ; et Dieu, toujours selon Abou Hourayra, arrêta effectivement la course du Soleil pendant presque une journée(18)!


Comment cela est-il possible ? Le prophète pouvait-il, dogmatiquement parlant, confirmer un tel phénomène aussi extraordinaire, sachant que lui-même lisait dans le Coran et transmettait donc aux gens que : « …Il [Dieu] astreint le Soleil et la Lune à poursuiv re leurs courses, l’un et l’autre, jusqu’au terme fixé… » (19), « C’est lui qui a créé la nuit et le jour, le Soleil et la Lune, chacun voguant dans une orbite bien déterminée» (20), « Et le Soleil qui ne saurait rejoindre la Lune ni la nuit qui ne saurait devancer le jour, chaque astre devant voguer sur l’orbite qui lui est assignée ! » (21)… ? Le prophète pouvait-il transmettre quelques idées contredisant la révélation de ce qu’il recevait ? Pouvait-il raconter aux gens des histoires permettant la compréhension de leur religion mais qui ne figuraient pas dans le Coran ? Car ni cette histoire ni même le nom deJosué n’y sont cités ? Est-il possible qu’il apprenne à sa communauté que le Soleil pouvait par simple ordre ou invocation (sincère !) cesser de poursuivre son mouvement, au risque de mettre en péril tout l’ordre universel ? Si c’était effectivement possible, alors pourquoi le prophète ne l’a-t-il jamais fait à l’instar de Josué? Etant entendu que le prophète s’est retrouvé plusieurs fois, lui aussi, dans de telles situations de guerres tout à fait semblables ?
 
En effet, Médineavait subit des souffrances suite au siège mené par une large coalition tribale (22) à son encontre pendant environ 25 jours durant l’an 5 de l’hégire - 627 de l’ère chrétienne . Le jour même de la levée du siège, le prophète demanda aux Médinois de se rendre immédiatement à Banû Qurayza – une forteresse juive – qui avait visiblement tra hi ses conventions de paix signées avec le prophète, en participant avec les coalisés. C’était le début de l’après-midi lorsque le prophète s’adressa ainsi à ses compagnons : « Qu’aucun d’entre vous n’accomplisse la seconde prière de l’après-midi – Al Asr – avant d’avoir atteint le territoire de Qurayza !» (23). On raconte même qu’une polémique éclata, en route, entre 2 groupes de compagnons à l’heure de la seconde prièr e (24)…


Le premier groupe interpréta l’ordre prophétique enrespectant sa finalité visant à mobiliser les troupes avant le coucher du soleil ; ceux-là fi rent la seconde prière à l’heure. Le deuxième groupe, plutôt littéraliste, prit l’ordre prophétique au premier degré et s’y conforma à la lettre ; ceux-là n’accomplirent pas la seconde prière jusqu’ à leur arrivée aux alentours de Qurayrza, quelques heures après le coucher du soleil ! On raconte que le prophète loua les 2 attitudes.


Sans rentrer nécessairement dans le vif de cette polémique, il est clair que le prophète avait demandé à son armée de se dépêcher et non pas au leilSo de cesser sa course pour lui permettre d’achever son action militaire à la lumiè re du jour ! Il a agit sur les paramètres maîtrisables et non pas sur les autres qui ne dépendent ni de sa volonté ni de ses prérogatives, telle que la course du soleil. Pourquoi le prophète n’avait-il pas agit de la même manière qu’avait prétendument employéJosuéfils de Noun ?


La réponse à cette question se trouve en partie dans le compte rendu d’un événement dramatique survenu du vivant du prophète. Il s’agit de ce qui se passa le jour du décès de son bébéIbrahim – bébé né du mariage du prophète avecMariya, une ex-Copte égyptienne. Ce (25) jour-là, et juste après l’enterrement de Ibrahim, on raconte que le Soleil se fut éclipsé . Des Médinois interprétèrent ce phénomène par la tristes du Soleil engendrée par la mort de

Ibrahim, en associant ainsi la disparition du bébé et l’éclipse solaire et en y voyant un message de consolation de la part du Ciel à destina tion du prophète. Mohammad réfuta immédiatement et avec force cette interprétation superstitieuse et confirma avec la plus grande clarté que : «Le Soleil et la lune sont deux signes parmi les signes de Dieu. Leur lumière ne s’obscurcit pour la mort de personne !» (26).
 

» (29) !
Dans son livre Muhammad : vie du Prophète, Tariq Ramadan commente cet événement avec les mots suivants : « Muhammad rappelait ainsi à ses compagnons l’ordre d es choses et la nécessité de ne pas se tromper dans l’interprétatio des signes afin de ne point verser dans la superstition (…) Le signe de la présence de l’Un ique à l’instant de la mort d’un homme n’est point dans l’apparition d’un quelconque mirac le, mais bien plutôt dans la permanence de l’ordre naturel, dans l’éternité de Sa création traversée çà et là par le passage des êtres créés, qui passent puis s’en vont.» (27)


Cet événement montre à quel point le prophète étaithabité par l’esprit du Coran qu’il a éclairé quant au sens des phénomènes naturels, sur l’ordrequi régit l’Univers et sur l’indépendance totale entre les velléités humaines d’un côté, et esl lois cosmiques de l’autre. Entre ces 2 sphères il n’y a aucune relation de cause à effet e t les unes ne justifient pas les autres !


Est-il possible que ce même prophète ait raconté cesà mêmes compagnons l’histoire deJosué qui a fait arrêter la course du Soleil sur simple ordre ? Si cela s’avère impensable, d’où provient alors ce récit au juste ?Abou Hourayra l’aurait-il réellement entendu de la bouche du prophète? Ou bien, n’y avait-il pas là, de nouveau, un tiers très loquace et apparemment très bien informé de la biographie biblique deJosuécomme l’était évidemmentKaâb Al Ahbar ?

Après quelques recherches dans le Livre de Josué (28), on s’aperçoit très vite que ce récit y figure bel et bien : « … Alors Josué parla à l'Éternel, le jour où l'Étern el livra les Amoréens aux enfants d'Israël, et il dit en présence d'Israël : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d'Ajalon ! Et le soleil s'arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu'à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Juste ? Le Soleil s'arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour…

Ce même récit a longuement alimenté la polémiquetreen l’Église romaine du XVI siècles et les  scientifiques  qui  réfutaient  cette  vérité  théologique prétendument  infaillible :  celle  de l’arrêt de la course du Soleil pendant presque unejournée à l’époque de Josué, puisque cela est  évidemment  en  parfaite  contradiction  avec  toutes  leurs  observations  astronomiques. L’Église se servit de ce récit comme d’une vérité schatologique indiscutable pour accréditer à la fois sa propre vérité scientifique (!) plaçant la Terre au centre de l’Univers et pour imposer aussi sa conception aristotélicienne dite de la « continuité de la matière »(30)  et réfutant donc y compris l’existence du vide au sein de l’Univers ! Et puisque, comme le 39 répliquaient des scientifiques, la course et le déplacement du Soleil impliquent l’existence évidente du vide sans lequel le Soleil ne pourrait plus se déplacer continuellement en suivant une orbite bien déterminée, des jésuites présumaient, quant à eux, que les mouvements célestes que l’on perçoit ne sont que de simples illusions d’optique(s) et sensitives ! Dans tout son zèle eschatologique, l’Église voulut donc à tou t prix sauver le Livre de Josuéen préférant voir en ce texte comme un nouveau dogme métaphoriquement indicible ; une sorte de vérité à défendre, coûte que coûte, vaille que vaille, quitte à faire appel à ses pouvoirs inquisiteurs contre les scientifiques qui remettaient ce dogme ecclésiastique en cause, comme par exemple Giordano Bruno (31) ou Galilée(32) et bien d’autres savants des XVIe et XVIIe siècles !


De surcroît, la charge de la preuve pesait du côté de ces toutes nouvelles sciences. Ce n’était donc pas aux jésuites de l’époque de revoir leur copie mais bien aux scientifiques de corriger la leur. Des théologiens musulmans nous disent aujourd’hui même, à la manière de l’Église du XVI siècle, que si la science contredit une vérité religieuse – un Hadith de Abou Hourayra par exemple ! – ce n’est pas aux théologiens de trouver la source de l’erreur ou de remplacer leurs conceptions dogmatiques du texte « sacré » par des interprétations métaphoriques, relativement acceptables, mais au contraire : charge à ces scientifiques importuns de trouver l’erreur dans leurs travaux, puis de faire leurs mea-culpa puisque le « sacré » est immuable !


Et c’est justement ce que l’on trouve à la lecture   de l’explication du Hadith de Josué dans Fath Al Bari (33). Des théologiens n’ont pas cherché à examiner l’origine de ce récit biblique ou de vérifier sa véracité ni même d’y voir un sensimagé à interpréter. Il s’agit donc vraisemblablement de l’un de ces énièmescontes que Kaâb avait racontésà Abou Hourayra et que ce dernier s’est empressé, comme d’habitude, d’attribuer mensongèrement au prophète Mohammed. Ils n’ont pas cherché non plus à évaluer la vraisemblance scientifique d’un tel phénomène cosmique à la lumière des données astronomiques. La seule chose que l’un de ces théologiens a pu découvrir, certainement après biendes heures de recherche, c’est le jour exact de ce supposé arrêt du Soleil à l’époque deJosué: pour ce théologien musulman illuminé (34), il s’agit du 14 juin – CQFD (!) – le jour le plus long de l’année selon ses calculs : Eurêka … ! Eurêka… !


D’autres récits de Kaâb Al Ahbar , attribués par Abou Hourayra au prophète Mohammed contredisent des fondamentaux du Coran – si l’on s’ arrête sur leur portée dogmatique – et instaurent la superstition dans l’imaginaire des croyants. Or toutes ces falsifications constituent, depuis des siècles, l’essence et le socle même du dogme sunnite concernant la création, les signes de la fin des temps, le retourde Jésus, l’antéchrist, le séjour dans la tombe, la Résurrection, le Jugement dernier, le Paradis, l’Enfer,…etc. Ce faisant, des mollahs sunnites, défendent corps et âme, les contes du duo Kaâb/Abou Hourayra , au nom d’un mythe fondateur qui est celui de la défense de la tradition prophétique sacrée, à n’importe quel prix !


L’ensemble de ces récits mériterait d’être analysé,profondément, pour s’arrêter, le temps qu’il le faut, sur l’illusion et sur l’aveuglement des théologiens dogmatiques qui continuent de conduire aux bûchers et aux guerres religieuses (35) chaque année, et depuis 14 siècles, des centaines de milliers de personnes innocentes, enfants, femmes et hommes, et qui condamnent et excommunient des centaines d’intellectuels et de libres penseurs (36) lorsqu’ils remettent en question un seul Hadith de Abou Hourayra, alors que ce dernier contredit pourtant les données de la science et du bon sens. Ineptie donc, mais toujours vérité théologique prétendument absolue et donc immuable, exactement comme l’affirmait mordicus l’Église au XVI siècles. D’ailleurs, les psychopathologies dogmatiques des institutions juives, chrétiennes et musulmanes ne sont-elles pas similaires, avec un décalage temporel que l’on peut évaluer à quelques siècles ? Ladite communautémusulmane contemporaine n’est-elle pas en train de revivre à sa manière l’horrible Moy en Âge chrétien ?...


Néanmoins, il me semble qu’il y a tout de même unemoralité que l’on peut tirer de ce Hadith.

Je dirais en effet que si Josuén’a pas réussi à arrêter la course du Soleil pendant 23 heures et 20 minutes (selon certaines estimations des plus sérieuses (37) !) des Abou Hourayra(s) millénaristes et contemporains ont réussi, quant àeux, à arrêter la marche de l’histoire, de la vie, de l’art, de la culture, de la science en amorçant la régression, de toute une civilisation et de quelques années lumières !

9- Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades !

Abou Hourayra était surnomméaussi le cheikh de la Madirah, surtout depuis son allégeance ostentatoire faite à Mouawiyah (1) et aux Omeyyades (2) !


A base de viande – Halal ! – et de lait, la Madirah était la soupe préférée deMouawiyah qui la servait volontiers à ses hôtes, à ses mercenaire s et à ses alliés. On raconte que Abou

Hourayra raffolait également de ce plat « omeyyade » plus que de n’importe quel autre délice, à tel point que ses contemporains utilisaient cet aveu de faiblesse gastronomique contre lui, et s’en servaient pour lui lancer des pointes assaisonnées de fortes doses d’ironie et de satire !

Badii Az-Zamane Al Hamadani, romancier qui excelle dans l’art de la Maqãma (sorte de roman picaresque en prose rimée), s’est servi de l’une de ses œuvres littéraires intitulée la Maqãma Madiriah, pour se moquer implicitement de Abou Hourayra, s’empiffrant de la

Madirah tout en prenant le parti de Mouawiyah contre Ali Ibn Abi Taleb et en reconnaissant (3) sa légitimité en tant qu’imam et calife !


Az-Zamakhchari  relate  dans  son  livre Rabiî  Al  Abrar    que  Abou  Hourayra  mangeait  la Madirah avec Mouawiyah après avoir fait la prière avec son adversaireAli ! Et quand les gens lui posaient la question sur l’incohérence de son propre comportement, Abou Hourayra répondait sans état d’âme que : «La Madirah de Mouawiyah est certes plus succulente et plus grasse mais la prière derrière Ali reste meilleure ! » (4). D’où le proverbe arabe : « Faire la prière derrière Ali et manger sur les tables deMouawiyah », une façon de joindre l’utile à l’agréable et aussi d’avoir le séant entre deux chaises !


En effet, Abou Hourayra s’est vendu à la cause des Omeyyades depuis les premiers jours de leur dynastie. Il n’avait pourtant aucune des qualités requises pour séduireMouawiyah qui était en quête de légitimité comparativement à cellde Ali Ibn Abi Taleb et de ses enfants.


D’abord, Abou Hourayra n’était ni originaire de la Mecque ni descendant de Omeyyah, ancêtre des Omeyyades, il ne pouvait donc apporter aucun soutien ni familial ni tribal à Mouawiyah !
 
Militaire, il n’était guère assez courageux pour soutenir et défendre, avec son propre sabre,

Mouawiyah et son Empire. D’ailleurs, Mahmoud Abou Rayyah confirme dans son livre cité précédemment, queAbou Hourayra n’avait participé à aucune conquête ni expédition,ni avant ni après sa conversion (5) ! La seule information historique – rapportée elle aussi par Abou Hourayra (!) – qui stipule qu’il avait participé à la conqu ête deMu’ta en l’an 8 de l’hégire, est complétée par une autre information uiq confirme qu’il avait fuit la guerre par peur et par lâcheté (6) ! Pour Mahmoud Abou Rayyah, cette lâcheté détestable était aussi l’une des raisons qui motivait son exclusion forcée à Bahreïn du vivant du prophète ! Raison pour laquelle, Abou Hourayra ne pouvait pas proposer des services militaires utiles à Mouawiyah !


Il n’était pas non plus assez fortuné pour pouvoirsoutenir économiquement les Omeyyades, surtout après que Omar Ibn Al Khattab lui eut repris l’argent qu’il avait détourné quandil était gouverneur de Bahreïn. Il vivait, depuis, dans la misère et peut-être avec les revenus modestes d’un emploi précaire !


De plus, Abou Hourayra n’était pas non plus un stratège politique qui pouvait à ce titre conseiller et éclairer les choix de Mouawiyah car si cela avait été le cas, pourquoi aucun des 4 califes n’avait-il fait de lui l’un de ses consei llers les plus proches ?


Il n’était pas non plus poète et on sait que les poètes jouaient à cette époque – et même aujourd’hui encore dans certains pays du Golf e – le rôle des médias de propagande au service du palais sultanesque. Ceux-là faisaient les éloges de l’Empereur, chantaient les mérites des princes, glorifiaient les héros de l’armée et se moquaient des ennemis. On parle même des poètes comme Al Farazdaq (7), Jarire (8), Al Akhtal (9),… qui soutenaient les Omeyyades en contrepartie de l’acquisition du prestige social et de l’argent, une sorte de mercenariat poétique qui était largement répandu à l’époque. D’ailleurs, Abdelamlik Ibn Marwane – cinquième roi de la dynastie omeyyade de 685 à 705 – avait dit un jour : « Chaque dynastie a son poète. Le poète des Omeyyades est Al Akhtal !» (10).


Étant analphabète et sans qualification littéraire, Abou Hourayra ne pouvait pas prétendre à cette fonction honorifique. Cela explique aussi sa jalousie développée contre les poètes. On peut comprendre pourquoi il avait cité un jour ce Hadith : « Il vaut mieux pour un homme
que sa cavité soit remplie de pus et de sang plutôt qu’elle soit plein de poésie » (11). Par conséquent, Mouawiyah ne pouvait pas compter sur ses piètres talents pour remplir cette mission de propagandiste !
 

En résumé, siAbou Hourayra n’était ni descendant de la noblesse mecquoise, ni brave militaire, ni richard fortuné, ni stratège surdoué,ni poète inspiré… Comment a-t-il alors réussi à séduire Mouawiyah ? Quel genre de service extraordinaire lui a-t-il proposé et rendu ?


Il se peut que Kaâb Al Ahbar ait joué un rôle de médiateur décisif dans ce rapprochement entre Mouawiyah et Abou Hourayra, puisqu’il était à la fois l’un des consultants politiques privilégiés deMouawiyah à Damas et aussi l’une des références théologiques favorites de Abou Hourayra ! Un tel rapprochement ne pouvait être que bénéfique pour la stratégie de Kaâb   qui exigeait non seulement un canal d’infiltration et de transmission incarné par Abou Hourayra mais aussi un pouvoir politique puissant pouvant assurer la légitimité et l’officialisation des informations transmises par l’intermédiaire de Mouawiyah.

Une autre raison aurait toutefois facilité la « servitude volontaire » (12) de Abou Hourayra à la cause des Omeyyades. En effet, Abou Hourayra aurait assuré aux Omeyyades l’assise et la légitimité religieuses qui leur faisaient défaut cefa à Ali Ibn Abi Taleb. Et ce, en inventant des Hadiths attribués mensongèrement au prophète tout en répondant à l’obsession du pouvoir politique convoité par les Omeyyades ! Comment cela était-il possible, surtout quand onsait qu’à cette époque Abou Hourayra souffrait lui-même d’une absence de légitimité religieuse ? Il fallait en acquérir une, puis essayer de gagner,par la suite, la confiance de Mouawiyah !


Voici pourquoi la première étape de la stratégie que poursuivait Abou Hourayra était d’abord de se refaire l’image d’un héritier privilégié du avoirs prophétique, en multipliant les contes sur le prophète et en répondant à tous genres de questions, même à celles qui, justement, le remettaient en question, comme cela a été montréansd les paragraphes précédents.


Aucun des arguments que Abou Hourayra avait conçu pour assurer sa propre défense n’était crédible. Ses salamalecs ou ses « salades » verbales ne faisaient que concentrer davantage de doutes sur lui. Toutefois, il savait pertinemment que sa répétition inlassable des mêmes mensonges les rendait relativement crédibles, tout au moins aux yeux de Mouawiyah.

D’autant plus qu’à cette période, bon nombre de compagnons très proches du prophète et pouvant encore contredire Abou Hourayra et le remettre à sa place avaient déjà disparus. U n proverbe nous dit que « Au royaume des aveugles les borgnes sont rois ». Et comme les Omeyyades avaient le vent en poupe, les voiles de Abou Hourayra « n’attendaient » plus que ça pour se regonfler sans retenue et avec un maximu m de mensonges.
 
Abou Hourayra a bien su gérer son énergie créatrice dans sesHadiths et ses contes. Il a bien réussi son numéro visant à intéresserMouawiyah. Il s’est parfaitement distingué de la masse des compagnons restants, en prétendant être l’héritier exclusif du savoir prophétique, en s’attribuant des qualités exceptionnelles et une mémoire prodigieuse prétendument capable de conserver en l’état ce que toutes les autres avaient prétendument oublié ! Il y avait donc là de quoi séduireMouawiyah, qui voyait certainement en lui l’homme idéal du régime pouvant lui façonner sur mesure des Hadiths qui légitimaient sa stratégie de coup d’Etat et se intentions hégémoniques et autoritaires. Car même en étant probablement « charismatique » et issu de la noblesse mecquoise, Mouawiyah manquait sérieusement d’assise théologique.


En effet, Mouawiyah s’est converti à l’islam non pas par adhésion mûrement consentie mais en capitulant, en l’absence d’autres alternatives m ilitaires, le jour de la prise de la Mecque par le prophète en l’an 8 de l’hégire (13), et avec le secret espoir de garder ses avantages sociaux et économiques dans cette ville. Il était parmi ceux ueq le prophète a gracié et auxquels il a pardonné ce jour-là en dépit de leurs participations actives durant les 20 dernières années précédentes à des complots visant à assassiner le prophète ; à exterminer sa jeune communauté ; à torturer des Musulmans et à mener le s offensives militaires contre Médine. Malgré son implication directe dans toutes ces bassesses, le prophète a fait envers lui et d’autres personnes, un acte de bonté venant du cœur en déclarant : « Il ne vous sera fait ce jour    ni    blâme    ni    reproche.    Dieu    vous    pardonne,    Il    e st    le    plus    Miséricordieux    des Miséricordieux. Allez ! Vous êtes libres »! (14).


Quelques semaines après sa conversion, il s’est vu attribuer 100 chameaux et 40 onces d’argent du butin échu à la bataille de Hunayne (15). Depuis ce jour, Mouawiyah était considéré comme faisant partie de ceux dont lescœurs devaient être conquis (16)- Al Mouallafati Koloubouhoum en arabe. Ceux-là étaient des gens, bien qu’ils témoignaient de leur foi en paroles et en actes, dont le prophète craignait néanmoins que leurs cœurs soient encore fragiles et instables. Et il jugea donc nécessaire de leur donner une partie du butin et de la zakat pour affermir « par un don matériel une foi, qui s’étant plus ou moins déjà exprimée, restait néanmoins fragile»(17). Cette pratique restera d’actualité jusqu’à la prise du pouvoir par Omar Ibn Al Khattab qui refusa lui, a contrario, de leur donner quoi que ce soit, puisque l’Etat n’avait plus besoin de leur soutien et qu’ils ne représentaient plus qu’une
(18) infime minorité négligeable !
 
En plus, Mouawiyah était soupçonné, après sa conversion, de ne pas être digne de confiance, au sens politique du terme (19). Il était même suspecté de mener un complot avec’autresd pour affaiblir et renverser de l’intérieur le pouvoir de Médine qui a renversé visiblement le pouvoir de son père à la Mecque (20). Il vit son rêve d’hériter un jour du statut de leader charismatique de la Mecque et donc des Arabes, après la mort de son père, se volatiliser du jour au lendemain. Rêve d’enfant qui put toutefois s’exhausser plus tard, en prenant la tête de la dynastie Omeyyade (661 - 750), à partir de l’année 661 (41 de l’hégire), baptiséAnnée de la Jama’âh (21) – Année du groupe ou de l’union – et après qu’il se fut débarrassé deAli Ibn Abi Taleb et poussé son fils Al Hassan à renoncer à toutes prétentions sur la gouvernance du califat !


Il était considéré aussi à cette même époque commeun élément à surveiller étroitement, quoiqu’il ait remplit quelques fonctions de secrétariat auprès du prophète pendant quelques mois. Information que confirment des historiens et infirmées par d’autres (22). Il n’en était pas question pour lui, étant donnée sa conversion controversée, de prétendre à un quelconque mérite ni à une vertu acquise du vivant du prophète qui eussent pu le légitimer au plan religieux et dans son aptitude à devenir le calife. C’est à ce moment précis que Abou Hourayra proposa ses services et manifesta opportunément sa loyauté et son allégeance à Mouawiyah !


Abou  Hourayra  songea  d’abord  à  faire  l’éloge  des    Quraychites  –  mecquois  –  puisque Mouawiyah en faisait partie ainsi que Ali. Une façon de séduire les deux et de préparer ains le terrain d’une éventuelle allégeance au gagnant ! Dans un Hadith, il rapporta que le prophète disait : « Pour ce rang [le pouvoir souverain ou califat], les Quraychites ont la suprématie sur tous les gens: leurs musulmans l'ont sur les musulmans et leurs polythéistes sur les polythéistes» (23), ceci se passe donc de tout autre commentaire !


Ensuite, il diffusa, avec d’autres, des Hadiths chantant élogieusement les mérites de laSyrie et de sa capitale, Damas, qui représentait le fief de Mouawiyah et des Omeyyades. Il prétendait que le prophète avait annoncé la dynastie royale deDamas : « Le Califat est à Médine. La monarchie serait en Syrie » (24) ! Il considéra, dans un deuxièmeHadith, Damas comme l’une des quatre villes du Paradis (25), à côté de la Mecque, de Médine et de Jérusalem. Quant à Sanaa, capitale du Yémen, il l’a considérait selon ce mêmeHadith, comme l’une des villes de l’Enfer (26) ! Il ne garda manifestement que de très mauvais souvenirs de son pays natal le Yémen, synonyme pour lui de misère infernale ! 46
 

Il publia d’autres Hadiths chantant les vertus de Mouawiyah, ses talents, sa beauté et ses qualités extraordinaires. Il racontait qu’un jour le prophète donna une flèche à Mouawiyah en lui disant : « Prends cette flèche – symbolisant peut être le pouvoir – jusqu’à ce que tu me
trouveras au Paradis » (27)! Il confirmait avoir entendu le prophète dire un jour : « Dieu a missa confiance en trois personnes pour protéger sa révélation : Moi [le prophète], l’ange Gabriel et Mouawiyah » (28) !


Un jour, Abou Hourayra fixa voluptueusement ses yeux sur une jolie fille nomméeAïcha fille de Talha en disant : « Louange à Dieu qui t’as embelli. Merci à tes parent s qui t’ont bien nourri. Par Dieu ! Je n’ai jamais vu de beauté pareille si ce n’est celle du visage de Mouawiyah quand il montait sur la tribune du prophète » (29). En regardant d’un bon œil (!) cette fille, Abou Hourayra semblait oublier la recommandation coranique : « Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards » (30) !


Se mettre au service de Mouawiyah, lui imposa de fait à Abou Hourayra de s’opposer automatiquement à Ali ! Raison pour laquelle, il se mit à le discréditer publiquement et à alimenter les sermons du vendredi, contrôlés en grande partie par Mouawiyah, par des histoires décrivant le gendre du prophète tel un dépravé enfreignant la religion et ne méritant pas d’être calife !


Abou Hourayra accompagna Mouawiyah, en l’an 41 de l’hégire, dans son voyage à Koufa en Irak, pour imposer à Al Hassan Ibn Ali de cesser toute revendication politique sur le califat. Au milieu de la Mosquée de la ville, il s’agenouilla en tapant sur sa tête chauve pour attirer l’attention des gens ! Ensuite, il leur adressa la parole en disant : « Ô Irakiens ! Vous prétendez que je mens sur le prophète et que je mebrûle ainsi par le feu de Dieu. Par Dieu ! J’ai entendu le prophète dire : Chaque prophète a son sanctuaire. Le mien se situant à Médine, s’étend du mont Îre au mont Thawr. Quelqu’un qui le viole recevra la malédiction de Dieu, des anges et du monde entier. Par Dieu ! J’atteste que Ali Ibn Abi Taleb a profané ce lieu sacré» (31).


Abou Hourayra dont l’image assez controversée le devançait partout où il allait (puisque les Irakiens le remettaient en cause), rajouta à son ac tif ce nouveau mensonge, essentiellement pour plaire à  Mouawiyah qui encourageait ce type de Hadith visant à salir celle de son adversaire  Ali  et  de  sa  famille.  Il  commit  toutefois  une  petite  erreur,  du  point  de  vue 47
 
géographique, puisque le mont Thawr – là où le prophète et Abou Baker As-Seddik s’étaient cachés pendant leur voyage d’émigration vers Médine– se situe près de la Mecque et non pas au voisinage de Médine(il y a 450 km, entre les deux, mais, à beau menti r qui vient de loin, comme le dit le proverbe !)

Quand Ali fut assassiné par les Kharijites (32), Mouawiyah, après avoir appris la nouvelle, se mit à prier, en faisant 6 génuflexions, en milieu de matinée, pour rendre grâce à Dieu. Une prière nommée plus tardprière de Ad-Doha par des jurisconsultes qui, en s’appuyant sur un Hadith d’ Abou Hourayra, le considèreront comme faisant partie de la tradition prophétique à observer à titre surérogatoire par les fidèles. Cela suppose que le prophète la faisait et la recommandait à sa communauté.


En lisant, le recueil de Al Boukhari par exemple, on s’aperçoit que le prophète ne la f aisait pas (33). Aïcha, sa femme, confirma dans un Hadith que le prophète n’avait jamais accompli cette prière. Abdallah fils de Omar Ibn Al Khattab rajouta que son père, à l’image du prophète et de Abou Baker As-Seddik, ne l’observait pas non plus. Par contre Abou Hourayra confirma, je cite : « Mon ami intime [le prophète] m’a conseillé d’observer durant toute ma vie trois choses : Jeûner trois jours par mois, faire la prière de Ad Doha et ne dormir qu’après avoir fait la prière de Al Witre – prière dont le nombre de génuflexions est impair» (34)! Abou Hourayra a donc assuré la couverture religieuse à Mouawiyah en lui fournissant le Hadith qui faisait apparaître cette prière comme recommandation prophétique. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui, par souci de fidélité à la tradition du prophète, se joignent inconsciemment, dans l’accomplissement de cette prière, à la joie de Mouawiyah, des siècles après l’assassinat deAli Ibn Abi Taleb !


On trouve le même phénomène d’instrumentalisation udtexte religieux à des fins politiques lorsque l’on cherche l’origine de certains actes cu ltuels considérés comme faisant partie de la tradition prophétique par les sunnites. Le jeûne du dixième jour du premier mois lunaire [Muharram], nommé Achoura en est un exemple révélateur.Car au moment où des sunnites, en se basant sur des Hadiths controversés, affirment que le prophète a recommandé fortement le jeûne de ce jour, d’autres disent que le jeûne du jour de Achoura commémore la joie des Omeyyades  après la décapitation deAl Hussein Ibn Ali Ibn Abi Taleb – petit fils du prophète – lors de la bataille de Karbala le  10 octobre 680 correspondant ou 10 Muharram de l’année 60 de l’hégire, par l’armée deYazid Ibn Mouawiyah – deuxième roi de la dynastie Omeyyade après la mort de son père(35).
 

A partir de ce moment douloureux pour les chiites, la machine théologique des Omeyyades a assuré la couverture théologique pour que les générations sunnites futures célèbrent inconsciemment ce massacre par le jeûne et par la fête ! Au Maroc par exemple – mon pays natal que je connais relativement bien – les parent s achètent à leurs enfants, à cette occasion, des jouets ; les femmes mettent du henné ; les filles dansent ; les garçons font exploser des pétards et mettent le feu dans les pneus usés ; lesfamilles se rassemblent pour fêter Achoura ;… L’anniversaire d’un assassinat politique serai t devenu donc un moment de jeûne et de joie publique chez les sunnites. Au même moment où les chiites entretiennent le deuil en pleurant leur imam Al Hussein Ibn Ali, les sunnites quant à eux, célèbrent leur joie dans l’esprit d’une fête dont le sens exacte échappe à la majorité de ceux qui l’observent.

Abou Hourayra n’a visiblement pas joué un grand rôle dans cette affaire, puisqu’il est décédé (36) avant cette bataille. Néanmoins, ses 800 élèves ont su suivre ses pas et honorer sa mémoire en mettant le texte religieux au service du palais et en inventant d’autres textes justifiant les crimes de l’empereur lorsqu’une demande royale leur eut été exprimée !


Des personnes refusaient de reconnaître le régime des Omeyyades et de lui prêter allégeance. D’ailleurs, l’une des causes directes de la bataill e de Karbala était justement le refus de Al Hussein de reconnaître la légitimité deYazid Ibn Mouawiyah qui avait hérité du pouvoir de son père (en installant une monarchie héréditaire Damasà à la place du califat à Médinedont le calife était désigné à l’issue d’une concertation, même limitée).


Abou Hourayra a accouru, bien avant cette bataille, à la rescous se de Mouawiyah en lui inventant des Hadiths appelant à l’obéissance et interdisant au nom de Dieu, toute révolte populaire. Il diffusa ainsi un Hadith présenté comme parole du prophète : «Quiconque m'obéit, obéit à Dieu; et quiconque me désobéit, désobéit à Dieu. Quiconque obéit au gouverneur [Mouawiyah], obéit à moi; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi» (37). La désobéissance au gouverneur pour une raison ou pourune autre, devient une désobéissance au prophète, et par extrapolation à Dieu directement. Le gouverneur est définitcomme calife et porte-parole de Dieu sur Terre ! Eh oui, puisque dans un autre Hadith diffusé lui aussi par Abou Hourayra : «Les fils d'Israël étaient gouvernés par les prophètes. Chaque fois qu'il en mourrait un, un autre lui succédait. Or nul prophète après moi. Il y aura après moi mes successeurs et ils seront nombreux». Les compagnons dirent : «Ô Messager de Dieu! Que nous ordonnes-tu de faire [avec eux]?» Il dit: «Soyez fidèles au premier d'entre eux à qui vous aurez fait acte d'allégeance puis donnez-leurce qui leur revient de droit et demandez à Dieu ce qui vous revient à vous-mêmes. Dieu leur demandera compte des intérêts de leurs sujets». (38) ! Mouawiyah justifia ainsi sa légitimité par la théorie dite uddroit divin semblable à celle des monarchies chrétiennes médiévales.


A partir de ce moment, Mouawiyah n’eut plus aucun compte à rendre à ses gens/sujets , puisque sa légitimité provenait directement de Dieuet que sa gouvernance n’était qu’un heureux signe du destin céleste ! Les gens quant à eux, n’avaient pas à revendiquer un quelconque droit. Au contraire, ils devaient s’acquitter des devoirs qui sont les leurs envers les élus du ciel :Mouawiyah et ses héritiers bénis, bien sûr !


Ce moment, le penseur Malek BENNABI le ressent comme une grande fracture dans l’histoire de la jeune communauté et montre ce que sera à présent la gestion de l’Islam qui, dès l’assassinat de Ali passe du sentiment spirituel à l’esprit politique. Dans la préface d’un texte de 1970 et intitulé « Vocation de l’Islam », BENNABI écrit : «La cité musulmane a été pervertie par les tyrans qui se sont emparés du pouvoir, après les quatre premiers califes. Le citoyen qui avait voix au chapitre dans tous les intérêts de la communauté, a fait place au « sujet » qui plie devant l’arbitraire et au courtisan qui le flatte. La chute de la cité musulmane a été la chute du musulman dépouillé désormais de sa mission de « faire le bien et de réprimer le mal ». Le ressort de sa conscience a été brisé et la société musulmane est entrée ainsi progressivement dans l’ère post-almohadienne où la colonisabilité appelait
le colonialisme…    » (39). Mouawiyah était l’un des principaux instigateurs de la chute et Abou Hourayra prenait les devants pour figurer parmi les sujets loyaux.


Lorsque des soulèvements populaires se déclaraient contre Mouawiyah et contre sa dynastie, Abou Hourayra était là pour décourager les gens et pour neutraliser leurs actions en diffusant des Hadiths conçus spécialement à cette fin. Un jour, il attri bua un récit prémonitoire au prophète – en oubliant que le prophète ne pouvait informer du monde invisible ou des événements à venir si ce n’était à travers le Coran– dans lequel ce même prophète présageait un futur proche désastreux et chaotique pour sa communauté : «Il y aura des séditions !

Durant lesquelles, celui qui restera assis sera meilleur que celui qui se mettra debout ! Celui qui se mettra debout sera meilleur que celui qui se mettra en marche ! Celui qui se mettra en marche sera meilleur que celui qui se mettra à courir ! Celui qui y participera sera anéanti à coup sûr ! Quiconque trouvera un refuge devra impérativement s’y rendre pour s’en préserver » (40). En effet, ce Hadith – qui dans l’apparence appelle au calme et à la pacification des esprits au moment des émeutes – a été conçu pour maîtriser les révoltes contre la prise violente du pouvoir par Mouawiyah et par ses milices. Abou Hourayra visait à pousser les gens à se soumettre à la dynastie de Da mas ; à anesthésier les consciences critiques et à faire avaler la pilule omeyyade aux plus grands nombres ! Au fond, ce Hadith justifie les violences du pouvoir et exige un comportement pacifique de la part des sujets !


Bien que je sois personnellement acquis à cette idée ingénieuse de pacification des conflits et au principe de la non-violence comme choix éthique indispensable pour tout changement, je me refuse tout de même d’assimiler la non-violenceà l’absence de la résistance pacifique, à la lâcheté intellectuelle, à la servitude volontaire a ux pouvoirs corrompus et à l’acceptation du fait accompli. L’absence de résistance est contre nature. Le corps qui ne résiste pas aux attaques externes est un corps mort ou en phase terminale par définition. La résistance ne rime pas forcément avec la violence. En effet, on peut/doit résister sans pour autant user de la violence quelle qu’elle soit, pour acquérir ses droits. A l’image de la lutte – aussi bien engagée que pacifique – menée en Inde au temps du Mahatma Gandhi qui en a montré l’exemple admirable en conduisant l’Inde à se libérer de la colonisation britannique et en suivant le chemin de la résistance non-violente.


Ce mêmeHadith était utilisé par l’institution théologiqueAl Azhar en 1914 pour faire taire la voix des Égyptiens qui réclamaient simplement l’ind épendance de l’Egypte et la fin de la colonisation anglaise (41) ! En effet, les cheikhs de Al Azhar ont mis ladite Sunna au service des lords britanniques colonisateurs en haramisant – rendant illicite – toute lutte légitime et toutes manifestations populaires pour la liberté etl’indépendance ! En revanche, si ce Hadith n’engendre pas l’effet d’un « opium » (42) social, je me demande à quoi il sert au juste ?


Abou Hourayra inventa d’autres Hadiths qui servaient à fortifier l’idéologie de la servitude et de l’obéissance au roi, prétendument l’élu et le bien-aimé de Dieu ! Il osait même affirmer que Dieu dit dans un Hadith – autre que le Coran ! – je cite : « Celui qui témoigne de l’hostilité  envers  l’un de  mes serviteurs  bien-aimés, je  lui  ai déclaré  la  guerre !» (43). Mouawiyah étant considéré comme ce serviteur bien-aimé, point de désobéissance à son égard et à l’égard de sa dynastie si l’on voulait vraiment éviter la colère du Seigneur !


Plus encore, en s’appuyant sur son interprétation du signe 59 de la sourate 4 du Coran, Abou Hourayra affirmait que l’obéissance aux gouverneurs et à ceux qui détiennent les pouvoirs est 51 une obligation religieuse semblable à l’obéissance à Dieu et à son messager (44) ! Cette obéissance à caractère absolu, doit être de rigueurquelles que soient les circonstances et l’attitude politique et sociale du gouverneur ! Il prétendait que le prophète disait : «S’engager en guerre [conquête] dans les rangs de l’Emir est une obligation que celui-ci soit juste et pieux ou qu’il soit injuste et dépravé !» (45)…


Enfin,  la  coutume  veut  que  tout  service  de  loyauté mérite  salaire  et  récompense.Abou Hourayra, en raison des services loyaux et précieux qu’il a pu rendre à Mouawiyah et à sa dynastie, a été généreusement récompensé. Il quittasavie de misère en devenant du jour au lendemain : gouverneur et imam de Médineet résidant dans un palais qu’il lui fut offert par le régime de Damas, marié avec celle qui était auparavnt son ancienne employeuse et propriétaire d’un grand terrain fertile reçu aussi comme apanage octroyé par le régime… Et même après sa mort, sa famille ne perdit aucun de es avantages sociaux. Au contraire, Mouawiyah avait demandait que l’on prenne soin de ses proches en répondant à tous leurs besoins. (46)


En bref, Abou Hourayra récolta, à tout point de vue, les fruits de son mercenariat théologique en faveur de la dynastie Omeyyade et aussi en faveur de toutes les monarchies ancestrales et héréditaires, absolues ou assimilées, passées ou ésentes,pr que ce soit dans la péninsule arabe ou dans le reste du monde conquis et asservis depuis toujours au culte de Mouawiyah.

Conclusion

Cette personnalité créative qu’étaitAbou Hourayra n’était vraiment pas d’un genre ordinaire. Il n’envisageait pas de vivre sans laisser d’emprun tes gravées dans les mémoires respectives de plusieurs générations. En donnant ainsi l’exempl que rien n’est impossible pour réaliser sa légende personnelle(1) ou comme disait le vieux roi dans L’Alchimiste de Paulo Coelho : «Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir» ! (2) Abou Hourayra en est l’exemple à méditer, très attentivement !


Né dans la misère, il mourut dans l’aisance. Inconnu de presque de tous, il reconquit une célébrité remarquable. Analphabète durant toute savie, son surnom – scandé dans les mosquées – inonde les manuels scolaires, la littérature religieuse et les sites Internet, 14 siècles plus tard. Sans qualification aucune lui permettant d’approcher les sphères closes du pouvoir, il devint la colonne vertébrale de ce mêmepouvoir et de ses héritiers. A la marge d’un texte qui stimule la raison, il réussit à injecter une forte dose d’une superstition qui aliment la déraison. Au sein même d’une religion qui prône l’abolition du tribalisme, il instaura le Quraychisme (3) bédouin comme «le » modèle original/originel à reproduire dans tous les domaines de la vie, pour rester prétendument fidèle à une illusion de tradition prophétique... Peut-on parler des fruits du hasarddans tout ceci ? Je ne le pense pas.


Abou Hourayra fut un personnage qui a su naviguer dans le sens des courants politiques favorables. Il a su entre autres : gérer son géniecréateur ; trouver au fond de lui-même une aptitude relativement singulière pour rendre sa vie utile ; profiter intelligemment des événements douloureux qui ont marqué son époque pour en tirer bénéfice et en sortir indemne ; s’attribuer toute liberté de pensée et d’expression même mensongère en proposant ses services juste à temps au politique ; et par-de ssus tout, il a réussi l’accès à l’immortalité théologique, en pariant sur le cheval/régime gagnant. En effet, ses Hadiths ont été retranscrits sous la couverture des Omeyyades, pendant les 3 années du règne deOmar Ibn Abdelaziz (4) qui avait recommandé – environ un siècle après la mort du prophète ! – de collecter les Hadiths, y compris ceux de Abou Hourayra, pour que la supposée Sunna – tradition – prophétique ne soit aucunement en reste !

Un siècle plus tard, ses Hadiths furent authentifiés, encensés, embaumés, confitst equasiment « momifiés » par Al Boukhari et par Mouslim dans leurs recueils respectifs. Depuis, il n’est donc plus question de les remettre en question ! Le faire – surtout dans le cadre des monarchies théologiques sunnites ancestrales et assimilées – est synonyme d’une exposition volontaire à l’anathème. Critiquer les textes porta nt sa signature signifie renier la religion de l’Etat qui prétend être la religion de Dieu ! Car el monarque, épaulé par le religieux de service, n’est que le porte-parole du divin et son bras armé sur Terre ! Grâce à cette alliance abracadabrante, il se voit attribuer au fil du temps une immunité sans limites, engendrant automatiquement chez les disciples clonés un protectionnisme violent, empêchant les uns et les autres de se livrer par eux-mêmes à un quelconque travail introspectif. Et gare à ceux qui oseront outrepasser cette ligne rouge !


En fait, la remise en question des Hadiths de Abou Hourayra, et de bien d’autres rapporteurs divinisés, implique l’écroulement en avalanche de oute une religion basée sur les Hadiths, ce qui signifie en langage théologico-politique, la chute précipitée des régimes qui s’en réclame. Le risque semble être plus que certain.


Mais malgré la limitation de vitesse dans cette zone religieuse sensible, il existe toujours des personnalités – non chiites – de renommée historique qui ont osé crever l’abcès au risque de se voir marginaliser et/ou excommunier. Certes, leurs travaux sont restés inconnus du grand public, même arabophone, car les régimes politiquesen place et leur protectorat théologique en ont décidé ainsi. Et ce, par le contrôle des manuels scolaires, des prêches hebdomadaires dans les mosquées, des articles publiés dans la presse, des sujets de thèses dans les universités… Mais à présent, les choses ont beaucou p changé, fort heureusement, surtout avec l’explosion/démocratisation du numérique et la diminution progressive du contrôle et des censures de l’information historique et religieuse grâce à l’effet d’Internet.


On découvre alors sans détour queAbou Hourayra n’était ni ce personnage exemplaire ni cette mémoire prodigieuse à laquelle on a voulu nous faire croire ! Des contemporains, à l’image de nombreux anciens, l’ont contesté, critiqué et désapprouvé en démontrant consciencieusement son « mercenariat » théologique au service du pouvoir corrompu de Damas, ses liens suspects avec des conteurs hébreux et sa biographie controversée qui soulève tant de doutes et de suspicions.
 
Citons, parmi ces anciens (5) : Aïcha femme du prophète, Omar Ibn Al Khattab, Ali Ibn Abi Taleb, Abou Hanifah An-Nouamane (6), Soufiane At-Thawri (7), Ibrahim An-Nakh'î (8), Ibn Katibah (9), Al A’amache (10), Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani(11), Ibn Al Athir (12), Abou Jafar Al Iskafi (13)… et bien d’autres encore…


Et parmi les contemporains – historiens, docteurs e t écrivains de renommée – que l’on peut citer à titre non exhaustif : Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (14), Mohamed Rachid Reda (15), Ahmed Amine  (16),  Taha  Hussein  (17),  Mahmoud  Abou  Rayyah  (18),  Ahmed  Sobhi  Mansour  (19), Moustapha Bouhandi (20), Zakaria Ozoune (21), Abderrazak Îde (22), Abdel Jawad Yassin (23).


Quant à cette étude analytique, elle a rempli – peu t-être ? – son devoir d’informer en faisant référence à tout ce patrimoine ancestral et à toutes ces études contemporaines. Et ce, dans le respect des règles d’investigation, en prenant en compte la pluralité des approches et en optant pleinement pour l’ouverture sur toute la littérature accessible, en relation avec la biographie de ce personnage et sous aucune sorte de considération idéologique, dogmatique ou politique.


Après tout, libre au lecteur, libre à lui de répondre ou non à l’invitation formulée tout au début de cette étude et que je réitère ici une nouvelleoisf : j’appelle à une insoumission totale et à une « désobéissance »(24) éthique, à tout pouvoir théologico-politique et/ou théologico-associatif se proclamant de cette religion dénaturée – celle des Hadiths entre autres – née de ce mariage ancestral et arrangé entre le théologique et le politique et qui porte les empreintes de l’absolutisme, du totalitarisme et de l’obscuran tisme, dont les principaux inspirateurs sont Abou Hourayra, ses semblables et ses héritiers et tous ces théologiens de service.


Il est temps que les consciences libres se réveillent enfin… ! Car les guerres sectaires et religieuses s’embrasent ; des enfants meurent ; des femmes sont contraintes à la soumission ; des civilisations millénaires se défont ; des populations se fragmentent en groupes ethnico-religieux guerroyants ; les inégalités se manifestent davantage ; la paupérisation des plus pauvres s’accentue ; les phobies en tous genres s’e mparent de nouveau des cœurs ; les régressions diverses se font sentir ; l’inquisition est de retour ; … et tout ceci ou en grande partie, à cause de la soumission absolue et mentale ment aveugle à cette religion dévoyée!


En attendant, je continuerai de rêver tant qu’il est encore Halal et non prohibé par desHadiths de le faire ! Rêver en écrivant et écrire en rêvantdu jour où le Seigneur ne sera plus pris en otage par les petits seigneurs d’ici bas… où la Rel  igion ne sera plus ni opium ni vitamine 55 mais une approche rationnelle et authentique de la vie et de la mort … où la fraternité humaine sera consolidée, une bonne fois pour toutes, pour que nous, humains, puissions nous occuper collégialement enfin des défis majeurs et artagésp : écologiques, civilisationnels, économiques… et qui menacent, si rien n’est fait, n otre existence collective d’une fin absolument dramatique, scientifiquement prévisible et non pas mystérieusement invisible comme les signes de la fin des temps cités dans lesHadiths de Abou Hourayra !


Informer, inviter, rêver et faire rêver : voilà lesquatre fins que je voulais atteindre par cette étude.


Mohamed LOUIZI

 

Notes

 


Introduction    
1-    Cheikh  Mahmoud  Abou  Rayyah ;  égyptien ;  né  le  15/12/1889  et  décédé  le  11/12/1970 ;
    historien et spécialiste de l’histoire de l’écriture des Hadiths ; a publié, dans un climat très
    hostile,  plusieurs  ouvrages  en  arabe : Adwa’a  Ala  As-Sunna  Al-Mohammadiah ,  Abou
    Hourayra  cheikh  Al  Madirah, Sayhate  Jamal  Al-Dîne  Al-Afghani, Rassa’îl  Ar-Rafi’î ,
    Histoire des Hadiths…    (en arabe)
2-  Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth,
    1994, p. 139 (en arabe)    
3-    Ibid., p. 140    
4-  Plus de détails dans le chapitre 7.
5-  Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.141
6-    Ibid., p.140    
7-    Ibid., p.141    
8-    Ibid., p.141    
9-    Ibid., p.139    
10- Mustapha  Bouhandi ;    universitaire  marocain ;  professeur  de  l’exégèse  et  des  religions
    comparées à la faculté Ben Msik – Université HassanII à Casablanca (Maroc), directeur de
    l’UFR « Avenir des religions et des doctrines religieuses » dans la même faculté ; auteur de
    plusieurs ouvrages en arabe : Aktara Abou Hourayra, Nahnou wa Al Coran, At-Ta’atire Al
    Massihi fi tafssir Al Coran,…
11- Le droit divin concerne la justification d'un pouvoir non démocratique par le choix de Dieu.
    Ce  choix  est  souvent    exprimé  par  l'affirmation  d'une  généalogie,  d'une race  choisie,…
    (Source : Wikipédia - Internet)
Une carte d’identité pour le moins suspecte…
1-  Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a , source Internet :
    http://www.al-hakawati.net/arabic/Civilisations/book20a188.asp
    (Même information se trouvant dans : Mahmoud AbouRayyah, op.cit., p.49)
2-    Ibid.    
3-  Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.48
4-    Ibid, p.48    
5-  Ad-Dahbi, op.cit., source Internet
6-    Khalid  Mohammad  Khalid,  Des  hommes  autour  du  prophète,  Dar  Al-Kotob  Al-Ilmiyah,
    Beyrouth, 2001, p.146 (Traduction française : Abdou Harakat)

7-    Ad-Dahbi, op.cit., source Internet

8- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.180

… suivie d’une conversion bien tardive !

1-    Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.169

2-    Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.69

3- Abou Al Alaa Al Hadramiy est l’émissaire que le prophète avait envoyé à Al Moundir Ibn Sawa, gouverneur de Bahreïn (*)
(*) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe) 4- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.69-71
5-    Ibid, p.55-60

Et aussi un peu de mathématiques, s’il vous plaît !
 
1-    Moustapha Bouhandi, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002

2- Calendrier hégirien(Hijri) : est l’un des rares calendriers lunaires modernes largement répandu. Ce calendrier est caractérisé par des années de 12 mois lunaires qui sont plus courtes que les années solaires. Une année lunaire compte 1 jours de moins qu'une année solaire. L’an 1 de ce calendrier a débuté le premier jour del’hégire – migration du prophète de la
er
Mecque vers Médine, le 1 Muharram le 15 ou le 16 juillet 622 de l’ère chrétienne. Ce calendrier a été adopté dix ans après cet événement.On indique qu’une date est donnée dans ce calendrier en ajoutant la mention (calendrier musulman), (calendrier hégirien), (ère musulmane) ou (ère de l’Hégire); ou en abrégé,(H) ou (AH) (du latin : anno Hegirae). Chaque mois démarre au premier croissant de Lune visible à partir de la nouvelle Lune : selon l’endroit d’où est effectuée l’observation, le mois peut démarrer plus ou moins tôt. (Source : Wikipédia - Internet)

3-    Moustapha Bouhandi, op.cit., p.45-48

4-    Ibid., p.45-48
5-    Ibid., p.45-48
6-    Ibid., p.45-48

7-    Ibid., p.45-48

Etait-il compagnon ou imposteur ?

1- Aucun des 51 Hadiths compilés par Al Boukhari dans son recueil (*), racontant les circonstances de la maladie et de la mort du prophète n’est rapporté par Abou Hourayra !
(*) – Al Boukhari, Sahih Al boukhari, Vol. 3, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 1998, p. 131- 140

2- Il s’agit du débat politique mené au sein de la réunion dite As-Sakifah qui a conduit à la désignation de Abou Baker As-Seddik comme premier calife succédant le prophète après as mort. Abou Hourayra n’est cité nul part dans les récits rendant comptede cette réunion !

3- Pèlerinage du prophète en l’an 10 de l’hégire pendant lequel il a prononcé son discours historique récapitulant l’essentiel de son message et témoignant devant des milliers de pèlerins qu’il a accompli sa mission en répandant la lumière du message coranique révélé.

4-    Ce discours est rapporté par le biographe Ibn Hicham qui lui l’a rapporté en se référant à
Ishak(**) et non pas à Abou Hourayra !
(**) - Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.349

La fabuleuse histoire et fable de la cape magique !

1- Al Boukhari, op.cit., Vol. 1, p.39 & Vol.4, p.431 2- Coran, 2, 159
3-    Coran, 24, 36-37

4- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , Dar Al-Maârif, le Caire, 1957, p.170 et 185

5- Méditer le signe coranique suivant : «Ô vous qui croyez ! Lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre, hâtez-vous de répondre à cet appel en cessant toute activité ! Cela

vaudra mieux pour vous, si vous le saviez ! Une fois la prière achevée, répandez-vous sur la
Terre, à la recherche des bienfaits de votre Seigneur…    » Coran, 62, 9-10.
Lire  aussi : « Emploie  plutôt  les  richesses  que  Dieu  t’a  accordées    pour  gagner  l’ultime

demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde » Coran, 28, 77.

6- Le prophète a eu sept enfants ; trois garçons : Al Kassem, Abdallah et Ibrahim et quatre filles : Zayneb, Rokayyah, Oum Kalthoum et Fatima. Ses enfants sont tous morts de son vivant sauf

Fatima, la femme de Ali Ibn Abi Taleb et la mère de Al Hassan et de Al Hussein.

7- L’approche guerrière de la biographie du prophète reste très répandue dans les écrits historiques couvrant les événements marquant de la vie de Mohammad. Elle donne l’impression que sa vie ne se résume, surtout dans sa période médinoise, qu’à une succession ininterrompue de guerres (Jihad militaire). Moustapha As-Soubaî (1915 - 1964), une personnalité emblématique du mouvement des Frères Musulmans de la Syrie, a réservé plus de 67% de son livre Biographie prophétique (*) – en arabe – à la dimension guerrière de la vie
 
de Mohammad. Aussi, 50% du livre de Mohamed Al Ghazali Fiqh As-Siyrah (**) – en arabe – est réservé à cette dimension militaire. Il y a ausi des auteurs qui ont publié des ouvrages

entiers exclusivement dédiés à ces guerres, comme el livre publié en 1990 par Abdelatif Zayd et Mahmoud Chite Khattabe intitulé : Leçons militaires de la biographie proph étique (***) (en
arabe)

(*) – Moustapha As-Soubaî, As-Siyrah An-Nabawiyah, Al Maktab Al Islami, Riyad, 1998 (en arabe)
(**) - Mohamed Al Ghazali, Fiqh As-Sirah, Dar Ac-Chourouk, le Caire, 2000, p.276 (en arabe)

(***) - Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990 (en arabe)

8- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, Leçons militaires de la biographie prophétique, An-Nacher, Beyrouth, 1990, p.118-124
9-    Ibid.

10- Ibid., p.111
11- Ibid., p.112
12- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.271-278

13- Abdelatif Zayd, Mahmoud Chite Khattabe, op.cit., p.112 14- Ibid., p.112
15- Ibid., p.113

16- Tariq Ramadan, Muhammad - Vie du prophète, Presse du Châtelet, Paris, 2006, p.287 17- Ibid., p.288
18- Ibid., p.296-299

19- Il s’agit des débats troubles pour la désignation du premier calife. Bien avant l’enterrement du prophète, des prétendants au pouvoir s’étaient faitconnaître. Du côté des Ansâr le candidat étaitSaâd Ibn Oubadah qui fut contraint, d’abord par la douceur puis par la force, de céder sa place à Abou Baker As-Séddiksoutenu essentiellement par Omar Ibn Al Khattab. Ce dernier joua un rôle déterminant dans cette désignation, en faisant appel, pour convaincre et pour contraindre, par son fort caractère puis sous la menace physique, les derniers candidats qui ne voulaient pas déclarer leur allégeance à Abou Baker. Pour plus de détails/analyses sur ces moments déterminants de l’histoire politique de l’islam et de la théorie du califat, lire :

Les différents recueils d’histoire : Ibn Khaldoun, At-Tabari,…

Abd Al Jawad Yassine, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006, p.161-172 (en arabe)

20- Tariq Ramadan, op.cit., p.128-142

21- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.56

22- Lire et méditer : «Ô toi [Mohammad] qui es enveloppé d’un manteau ! Lè ve-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou unpeu moins ou un peu plus et lis le Coran une lecture avec éloquence et méditation. Nous allonset charger d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaqu er à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb – Educateur – et fais don de ton être [communie avec Lui] intensément» Coran, 73, 1-8

23- Lire et méditer : «Vous avez, dans le Messager de Dieu, un si bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au Jugement dernier, et qui évoque souvent le Nom du Seigneur » Coran, 33, 21

24- Pour ne citer que la position des Frères Musulmans par exemple, qui est aussi le dogme de tous les courants salafistes, la référence auxHadiths – ou sunna verbale – représente le deuxième principe idéologique de cette mouvance : «Le saint Coran et la sunna pure sont la source de chaque musulman désireux de connaître les règles de l’islam. Le Coran ne peut être compris qu’à la lumière des règles de la langue ara be sans raffinement superflu ni
 
exagération de style. Quant à la sunna pure, il faut, pour la comprendre, se fier aux transmetteurs dignes de confiance » (*). Je ne sais pas comment est-ce que les Hadiths de Abou Hourayra constituent une source pure de l’islam ? Abou Hourayra était-il un transmetteur digne de confiance ? La confiance suffit-elle pour construire des concept et pour comprendre/pratiquer une religion ?

(*) – Youssef Al Qaradawi, Hassan Al-Banna - 20 principes pour comprendre l’islam, Médiacom, Paris, 2004, p.43 (Traduit par : MoncefZenati)


Des soupçons de Aïcha…

1-    L'âge de  Aïcha  – troisième femme du prophète après Khadijah et Sawdah –  lors de son
    mariage est sujet à controverse. Des  Hadiths rapportés, entre autres, par Mouslim rapportent
    qu’elle s'est mariée à l'âge de 6 ou 7 ans et que le mariage a été consommé quand elle eut
    atteint l'âge de 9 ans, juste après l’hégire et l’installation du prophète à Médine. D’autres
    estiment son âge au moment du mariage à plus de 10  ans, en se basant sur d’autres Hadiths,
    estimant son âge au regard de sa date de naissance et aussi par rapport à d’autres événements
    historiques  dont  elle  aurait  été  témoin  dans  son  enfance.  Ce  mariage  précoce  continue
    d’alimenter les critiques à l’égard du prophète. En effet, certains y voient de la maltraitance...
    D’autres disent que ce type de mariage faisait parti des mœurs de l’Arabie d’il y a 14 siècles.
    Le mariage précoce des garçons et des filles n’avait rien de choquant, à en croire certains
    historiens, en Arabie et même ailleurs. En France,les filles pouvaient se marier à partir de 15
    ans comme le stipulait le Code de Napoléon de 1804 .On ignore quel était l’âge limite à partir
    duquel une jeune fille pouvait se marier en France, il y a 14 siècles ? Le Code de Napoléon n’a
    subi de modification qu’en mars 2005 – c’est donc t out frais ! – après l’adoption d’une
    nouvelle loi (Art. 144 du code civil) portant l’âge  du mariage pour les femmes de 15 à 18 ans !
    Par rapport à cette histoire du prophète, il est peut être intéressant d’étudier en profondeur les
    différentes versions rapportées et traditions de l’époque ainsi que leurs évolutions à travers le
    temps, avant d’émettre des jugements de valeurs sans fondements historiques et sans prise en
    compte des us et coutumes anciennes. Quoi qu’il en soit, le passé et tous les faits historiques
    quels qu’ils soient ne peuvent être jugés correctement qu’à l’aune de leurs propres contextes.
2-    Moustapha Bouhandi, op.cit., p.18-23
3-    Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.114

4-    Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a , source Internet

Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.147-149 5- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.149

6-    Ibid., p.149
7-    Ibid., p.149
8-    Ibid., p.149

9-    Ibid., p.153
10- Ibid., p.153

… à la colère de Omar !

1-    Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86

2-    Ibid., p.86
3-    Ibid., p.92-94

Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar, 1998, n°65, p.99

4-    Ibid., p.86
5-    Ibid., p.87

Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a ) 6- Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148 7- Ibid., p.148

8-    Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.88
9-    Khalid Mohammad Khalid, op.cit., p.148
 
Khalid Mohamed Khalid rajoute : « …Abou Hourayra accepta de verser puis leva les main s au ciel et dit : « Dieu ! Pardonne à l’Emir des cr oyants » Quelques temps après, Omar proposa le poste à Abou Hourayra. Ce dernier refus a. Comme Omar demanda pourquoi,AbouHourayra répondit : « Pour qu’on n’insulte pas mon honneur et qu’on ne prenne pas mon bien… » Ibid., p.148

10- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90 11- Lire annexe

12- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.86-90 13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.113

14- Abdellah Ibn Abbas était très jeune, entre 9 et 13 ans, au moment dela mort du prophète mais malgré cela il a rapporté plusieurs centaines deHadiths ! Quelques 1696 dans le Mousande de Ahmed Ibn Hanbale par exemple ! Les traditionnistes le considère comme « l’érudit de la communauté musulmane » ! Néanmoins, il présente desimilitudes avec le personnage de Abou Hourayra que ce soit en raison des contenus étranges de sesHadiths ou même en raison de ses attitudes politiques. On raconte que lui aussi avait détourné des fonds publics au moment de son mandat de gouverneur à Bassora en Ira k en l’an 40 de l’hégire sous le califat de Ali Ibn Abi Taleb ! Pour plus de détails, lire :

Abderrazak Îde, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Namoudajane, At-Tali’a, Beyrouth, 2003, p.69-77

15- Al Boukhari, op.cit., Vol. 4, p.434
16- Adonis, op.cit., p.161

17- Ce néologisme est utilisé par les Cheikhs deAl Azhar – université et pouvoir d’inquisition égyptien – les prédicateurs du courant salafiste etla machine théologico-politiques des Frères Musulmans à travers le monde – à l’image de Al Qaradawi – pour désigner et excommunier toute personne musulmane, mettant en question l’authenticité présumée de la sunna et des supposés Hadiths prophétiques, et appelant à une réévaluation du patrimoine religieux et surtout la portée humaine et pacifique de l’ensemble des textes hérités.

18- Ad-Dahbi, op.cit., Internet
19- Mohammed Rachid Reda (1865-1935), réformiste et penseur de la renaissance islamique à la
fin du 19    ème    ème
        et le début du 20   siècle. Influencé par la pensée deJamal Dîn Al Afghani et de
Mohamed Abdu. Le 15 mars 1898, il publia le premier numéro de la revue Al Manar, qui
tachait de partager ses idées, son exégèse du Coran, ses avis jurisprudentiels avec les lecteurs
du monde arabe. Quatre ans après sa mort survenu le 22 août 1935, c’est  Hassan Al Banna, le
fondateur du mouvement des Frères Musulmans qui s’est chargé de la direction et de la
rediffusion    de  cette  revue.  Hassan  Al  Banna  était  aussi  très  marqué  par  la  pensée  de

Mohammed Rachid Reda.

20- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.114 (Cf. Revue « Al Manar », Vol. 10, p.851) 21- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.115

Enseignements prophétiques ou récits talmudiques ?

1- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.97-112 Ad-Dahbi, op.cit., Internet

Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79 Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.265-267
2-    Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.101

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , p.125 3- Ibid., p.98

4-    Ibid., p.101
5-    Ibid., p.99

6-    Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , p.125-128

7- Guerre opposant l’armée de Omar, 30.000 soldats, commandée par Saâd Ibn Abi Wakkas, et l’armée persane, 120.000 soldats, dirigée parRoustom en l’an 15 de l’hégire – 636 de l’ère chrétienne. Guerre qui s’est achevée par la victoire de l’armée de Omar, en signant ainsi la fin de la dynastie sassanide et le début de l’invasion islamique.

8-    Pour plus de détails sur ces quatre conflits, lire:
 
Tariq Ramadan, op.cit., p.164-167, 196-200, 218-222, 245-247

9- Sept choses ont été reprochées Ottmaneà et qui ont alimenté le soulèvement populaire contre son pouvoir de troisième calife :

Premièrement, donner le un cinquième du butin de la terre africaine conquise à un membre de sa tribu d’origine Marwan Ibn Al Hakam, sachant que le butin devait être distribué sur les nécessiteux, les orphelins… comm e le veut la tradition.

Deuxièmement, être propriétaire de sept grandes maisons au moment où des Médinois peine à en posséder une.

Troisièmement, adopter la connivence et la préférence tribale et amilialef quant à la désignation des gouverneurs ; la majorité des gouverneurs était desOmeyyades. Quatrièmement, refuser de fouetter Al Walid Ibn Okbah, son gouverneur à Al Kouffa en Irak, après avoir conduit la prière en état d’ivresse !Sachant qu’il fouettait d’autres personnes ordinaires pour des raisons semblables ! (80 coups de fouet nous disent les sources théologiques)

Cinquièmement, marginaliser les compagnons et ne pas procéder à des concertations systématiques quant à la gestion de Médine et desterres conquises !

Sixièmement, ne pas assurer une distribution juste des richesses !

Septièmement, être le premier calife à user de la violence physique pour maltraiter et faire taire l’opposition ! On raconte que Ottmane avait fouetté Ammar Ibn Yassir, parce que ce dernier lui avait porté une lettre de l’opposition contestant ses politiques injustes» pour plus de détails, lire :

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, p.32 (en arabe) At-Tabari, Tarikh At-Tabari, Vol.6 (en arabe)

Mohamed Hassanine Haykal, Ottmane Ibn Affane, An-Nahdah Al Misriyah, Le Caire, 1968 (en arabe)

Taha Hussein, Al Fitnah Al Kobra, Dâr Al Adab, Beyrouth, 1967 (en arabe)

Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Vol.1, Dâr As- Saqi, Beyrouth, 2006, p.223-225, 366 10- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , p.125-128
11- Ibid., p.125-128

12- Ibid., p.125-128
13- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79
14- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.266

Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , p.121 15- Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-79
16- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.100

17- Des religieux sunnites confirment que dans les livres d’exégèse du Coran et dans les recueils des Hadiths les connaissances israélites et bibliques sont très présentes mais ils ne les montrent pas au lecteur, non pas pour qu’il puisse faire attention mais juste pour rendre à César ce qui est à César. Pour plus de détails surce sujet, lire par exemple :

Moustapha Bouhandi, At-Ta’athire Al Massihi fi tafssir Al Coran, Dâr At-Tali’ah, Beyrouth, 2004 (en arabe)

18- Hadith rapporté parAbou Hourayra considéré authentique parAl Boukhari et Mouslim. Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.307, n° 3124
D’autres Hadiths témoignant de cette influence à lire dans :

Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.102-112 Moustapha Bouhandi, op.cit., p.62-93

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.265-268 19- Coran, 31, 29

20- Coran, 21, 33
21- Coran, 36, 40

22- Tariq Ramadan, op.cit., p.206-218
23- Ibid., p.218
24- Ibid., p.219

25- Ibid., p.292
26- Ibid., p.292
27- Ibid., p.292
 
28- Le livre de Josuéest le premier livre des Prophètes pour la tradition juive et le sixième livre de l'Ancien Testament chrétien. Il fait suite au Pentateuque, qui se terminait à la mort de Moïse aux portes du pays du Canaan, et relate la «conquête » du « pays promis » sous la direction de Josué. Ce livre porte son nom parce qu'il en est le personnage principal, pas parce qu'il en est l'auteur. Selon la tradition juive, il fut écrit par Jérémie, lequel puisa dans des documents anciens. Les chapitres 1 à 12 décrivent la conquête de Canaan ; les chapitres 13 à 24 montrent comment les tribus d'Israël se répartirent le pays et rapportent la recommandation finale de Josué. Deux versets importants du livre de Josué sont le commandement du Seigneur de méditer les Écritures (Josué 1:8) et l'appel de Josué au peuple à être fidèle au Seigneur (José 24:15). (Source : Wikipédia)

29- Livre de Josué, chapitre 10, 8-14

30- L’Eglise catholique adoptait et défendait, au Moyen Âge, la théorie d’Aristote qui considère que la matière est continue, et qu’il n’y a donc pas de place pour le vide. Cette question de l’existence du vide troublera les esprits, nous dit Claude Allègre (*), jusqu’au début du XXème siècle. Elle ne sera véritablement traitée qu’aujourd’hui à partir de la physique non linéaire.
(*) – Claude Allègre, Un peu de science pour tout le monde, Fayard, Paris, 2003, p.11

31- Livré à l’Inquisition le 23 mai 1592. Pendant sept ans il sera interrogé et torturé. Le 17 février 1600, il a été brûlé vif.

32- Condamné le 22 juin 1633 à la prison à vie, jugemen t modifiée par la suite en assignation à résidence surveillé dans sa maison personnelle jusqu’à sa mort en 1642 !

33- Fath Al Bari Bi Charhe Sahihe Al Boukhari, de son auteur Ibn Hajar Al Askalaniy, est un livre

de commentaire et d’explication du recueil des Hadiths de Al Boukhari. Sur Internet à l’adresse : http://hadith.al-islam. com/

34- Ce théologien s’appelle Haroun Ibn Youssef Ar-Ramadi (cf. l’explication de ce Hadith dans
Fath Al Bari Bi Charhe Sahihe Al Boukhari )

35- Il s’agit de toutes les guerres survenus quelques années après la mort du prophète Mohammad : guerre du chameau, Siffin, Karbala, l’ensemble des guerres de conquêtes dites islamiques, les conflits permanents entre chiites et sunnites,… Toutes sont alimentées par des Hadiths presque authentiques (!)

36- La liste des torturés en raison de leurs pensées dérangeantes est assez longue, elle mérite une étude indépendante. La machine théologico-politique- Al Azhar, Mollahs sunnites et chiites, Frères Musulmans,… - poursuit ses procès inquisitoi res à l’égard de nombreux penseurs, les derniers en date, ce sont ceux désignés par le néogismel « coraniste ».
37- Sur un site Internet (*) évangéliquement engagé, j’ai trouvé l’histoire d’un groupe d’ingénieurs
(!) qui voulait remonter le temps et reconstruire le calendrier du soleil depuis le début, en s’aidant d’un ordinateur puissant. Il se trouve que ce calculateur s’est arrêté étrangement pendant un moment. Le groupe d’ingénieurs a pu soulever une anomalie dans ce calendrier : l’absence d’un jour ! C’est comme si la course du s oleil s’est arrêtée pendant une journée, il y a quelques milliers d’années ! Les ingénieurs devaient trouver donc une explication à ce phénomène étrange ! Quand soudainement l’un des ingénieurs, très croyant, s’est mis à lire le Livre de Josué pour y trouver une explication théologiquement correcte. Sur ce site Internet, il est écrit :«Et voici pourquoi ce groupe d'ingénieurs de l'espac se pencha sur le passage de Josué chapitre 10, versets 8 à 14, récit qu'ils auraient jusqu'alors qualifié de ridicule, au nom

même du bon sens élémentaire: L'Éternel«    dit à Josué: Ne les crains point, car je    les livre
entre    tes    mains,    et    aucun    d'eux    ne    tiendra    devant    toi »

Josué appréhendait-il que l'ennemi, qui le cernaitde tous côtés, ne profitât de la nuit pour envelopper et vaincre Israël? Le texte rapporte qu'il implora l'Éternel pour qu'Il immobilisât le soleil. Il fut exaucé: «La lune suspendit sa course... Le soleil s'arrêta ua milieu du ciel, et

ne    se    hâta    point    de    se    coucher,    presque    tout    un    jou r »

Terminant sa lecture, le savant croyant s'adressa à ses collègues: N'est-ce pas là l'explication de ce jour manquant au calendrier? Cette nouvelle information fut programmée pour la machine; celle-ci reprit les calculs des conjonctions planétaires de cette époque, donnant son accord, tout en révélant une lacune dans la précision des données reçues. L'exacte durée du temps supplémentaire s'interposant dans le calendrier à l'époque de Josué était de23 h20, et non de 24 h. Se penchant à nouveau sur la Bible, ces hommes de science y découvrirent une précision inattendue: «Le soleil... ne se hâta point de se coucher, presqu e tout un jour ». Presque! Un petit mot du texte sacré revêtant une randeg importance, mais mettant ces
 
érudits dans une nouvelle perplexité: Si l'on ne pouvait expliquer la mystérieuse interférence de 40 minutes dans le temps passé, on ne faisait que reporter le problème aux 1000 ans qui sont devant nous, où ces 40 minutes réapparaîtraien maintes fois multipliées dans les probabilités orbitales. Il fallait donc à tout prix résoudre cette nouvelle énigme». Des histoires similaires se trouvent dans d’autres sites voulant montrer les vérités desHadiths en les justifiant par des arguments qui se veulent scientifiques ! comme quoi les similitudes entre croyants sont presque parfaites !

(*)    - http://www.axess.com/moto/Soleil.html http://www.tharsei.org/la_une.html


Abou Hourayra, chantre au service des Omeyyades !

1- Après l’assassinat du troisième calife Ottmane Ibn Affane, Mouawiyah cria vengeance et conduit la guerre de Siffin contre le quatrième calife Ali Ibn Abi Taleb en l’an 657. En 660, il se fait proclamer calife à Jérusalem. En 661, Ali est assassiné par un Kharijite. Mouawiyah devient dès lors le premier roi omeyyade prenant de Damas la capitale de sa dynastie. En 668, Mouawiyah reconnaît Yazid, son fils, comme son successeur. Il ordonne aux habitants de Damas de prêter serment de fidélité et d’allégeanceàson fils. Le régime de gouvernance devient héréditaire et perd son caractère pseudo ectifél.

2- Dynastie de rois qui gouvernèrent le monde musulman conquis de 662 à 750. Les Omeyyades furent ensuite détrônés en 750 par les Abbassides, qui fondèrent une nouvelle dynastie à Bagdad en Irak.

3- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.62-63 4- Ibid., p.62

5-    Ibid., p.80-81
6-    Ibid., p.80-81

7- Né au Koweït en 641. Inspiré, il a servit poétiquement les omeyades jusqu’à sa mort en 732. Connu par sa poésie satirique.

8- Né à Riyad en Arabie Saoudite pendant le califat de Ottmane Ibn Affane. L’un des poètes omeyyades les plus influents. Connu lui aussi par sa poésie satirique surtout dans les échanges avec Al Farazdaq. Décédé quelques mois après la mort de celui-ci

9- Poète chrétien, il avait mis sa poésie au service ed la dynastie omeyyade jusqu’à sa mort survenu en 708.

10- Souléïmène Harytani,Al Khamrah, Dâr Al Hassad, Damas, 1996, p.77 11- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.153

12- « Servitude volontaire » est un néologisme utiliséen 1549 par Étienne de la Boétie – à l’âge de 18 ans – dans son réquisitoire contre l’absolutisme et les régimes tyranniques «Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un ». Pour l’auteur, le secret de toute domination ce n’est pas la violence du pouvoir mais la servitude volontaire du peuple «Un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même» ; « Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre » ;… Il y explique comment « faire participer les dominés à leur domination » ? Comment fait-on pour instaurer, et aussi pour détruire, une pyramide du pouvoir ? Comment les courtisans choisissent volontairement la servitude ?...

Pour lire la totalité de ce discours, consulter : http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire
13- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.189

14- Tariq Ramadan, op.cit., p.270
15- Mohamed Al Ghazali, op.cit., p.302

16- Ceux-là avaient un statut particulier à l’époque du prophète, ils faisaient parti des gens qui recevaient l’aumône : « Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de recueillir ces dons et de les répartir, à ceux dont les cœurs sont à gagner , au rachat des captifs, aux endettés insolvables, à ceux qui se consacrent à la cause de Dieu et aux voyageurs démunies...» Coran, 9, 60

17- Tariq Ramadan, op.cit., p.278
 
18- Noureddine Ibn Moukhtar Al Khadimi, Al Ijtihad Al Maqasidy, Kitab Al Oumma, Qatar, 1998, n°65, p.98

19- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.197-222 20- Ibid., p.223-224

21- Année de l’assassinat de Ali Ibn Abi Taleb par les Kharijites et de la renonce de son fils Al Hassan de toute prétention du droit à la gouvernance (califat).

22- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.222-225 23- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.414

Lire aussi :

Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.318-345 24- Abd Al Jawad Yassine, op.cit., p.267

25- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.255
26- Ibid., p.255

27- Ibid., p.254

28- Mahmoud Abou Rayyah, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , p.188 29- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.255
30- Coran, 24, 30
31- Mahmoud Abou Rayyah, op.cit., p.257

32- Kharijites représentent la branche armée qui est née durefus de l'arbitrage entre Ali et Mouawiyah à l'issue de la bataille de Siffin. Cette bataille entre musulmans avait été meurtrière et Ali accepta l'idée d'un arbitrage pour arrêter le bainde sang. En principe, ils étaient partisans d'Ali, les kharidjites se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s'être soumis à un arbitrage car «L'arbitrage n'appartient qu'à Dieu ». Cette formule vaut un autre néologisme au kharidjisme celui de la Muhakkima, ce qui désigne la communauté de ceux qui prononcent la formule « L'arbitrage n'appartient qu'à Dieu ». Selon eux, une fois accepté par Dieu, le calife Ali n'avait pas le droit de se laisser remettre en question par des humains : Mouawiyah et ses alliés. Le clan rebelle était, du point devue kharijite, celui de Mouawiyah qui aurait dû s'incliner devant Ali. Alors que son intention était de se diriger vers la Syrie pour combattre de nouveau Mouawiyah, Ali a du combattre les kharijites à Nahrawân près de la ville de Bagdad actuelle en 658. Les kharijites furent mis en déroute, et beaucoup furent tués, mais après cette victoire son armée refusa de repartir au combat contre Mouawiyah. Ali retourna donc à Koufa. Trois ans plus tard des kha rijites organisèrent le triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage. Mouawiyah à Damas, Ali à Koufa et l'arbitre du conflit Amr Ibn Al Asse en Egypte. Les trois devaient être assassinés le ême jour.Ali est mort en succombant de ses blessures, Mouawiyah fut blessé et survécut etAmr échappa complètement à l'attentat. (Source : Wikipédia)

33- Al Boukhari, op.cit., Vol.1, p.283-284 34- Ibid., p.284

35- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.190-198 36- Ad-Dahbi, Siyar A’alâm An-Noubala’a , source Internet
37- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.374

38- Al Boukhari, op.cit., Vol.2, p.404

39- Malek Bennabi, Vocation de l’Islam, édition ANEP, 2006, p. 11 40- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.361

41- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p. 252

42- « … La misère religieuse est tout à la fois l’expressio n de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupirde la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple » expression de Karl Marx (1818-1883) dans Critique de la philosophie du droit de

Hegel. Cette même analyse peut servir aujourd’hui pour décrire relativement bien cette religion –

des Hadiths – voulant garder la population asservie au pouvoir politique à l’aide de laquelle on justifie l’absolutisme au nom de Dieu, on promet au gens le Paradis (ou bonheur futur) en contre partie de leur silence et de leur aliénation(ou malheur présent) ! De ce point de vue, la religion des Hadiths, surtout ceux à contenu politique, n’est en vérité qu’un opium théologiquement et politiquement très efficace !
43- Al Boukhari, op.cit., Vol.4, p.210

44- Cf. l’exégèse du signe coranique dansFath Al Bari.
 
45- Abou Daoud, Sounane Abou Daoud, Source Internet – Site de la « Ministère des Affaires Islamiques, des Waqfs, de l’Appel et de l’Orientati on » de l’Arabie Saoudite : http://www.al-islam.com/arb/

46- Mahmoud Abou Rayyah, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, p.261-265


Conclusion

1- Paulo Coelho, L’Alchimiste, Edition Anne Carrière, Paris, 1994, p.36 2- Ibid., p.81

3-    Par Quraychisme, on désigne l’ensemble des mœurs et traditions cult urelles bédouines de
    l’Arabie  avant  l’avènement  du  prophète  Mohammad  et après  sa  mort.  Aujourd’hui,  des
    courants salafistes appellent au retour à l’ensembl e de ces mœurs et traditions qui, selon eux,
    font parti de la religion : la barbe, l’habillement  Halal, la polygamie,… Tout comme les
    revendications des mouvements de l’islam politique et/ou de la représentativité  qui, au nom
    de  l’idéologie  dite  du  Juste  milieu  –  facette  intégrable  du  salafisme  –,  tempèrent  et
    modernisent leurs revendications « bédouines » dansla forme, sans pour autant penser le bien
    fondé de ces mêmes revendications : le voile, lesarrésc    dit musulmans, l’abattage dit rituel, la
    gestion des lieux de cultes… Dans ces sphères, plus   on se conforme à ce modèle bédouin
    mieux on est aperçu et vice et versa ! Plus on est détaché de la réalité réelle et attachée à une
    réalité passée plus on est proche de l’islam authentique ! Le parfait et l’idéal, comme le dit
    Adonis (*), n’est pas un futur à construire mais au contraire , il est un passé à reproduire !
    (*) - Adonis, At-Tabit wa Al-Moutahawil, Dar As-Saqi, Beyrouth, 2006 (en arabe)
4-    Huitième roi de la dynastie omeyyade entre 717 et 720. On le considère aussi comme le
    cinquième calife orthodoxe – bien guidé – vu son souci d’établir la justice sociale et de bien
    gérer les affaires de son Etat.    
5-    Lire l’ensemble de ces prises de position dans les deux livres cités ci-dessus de Mahmoud
    Abou Rayyah.    

6- Abou Hanifah An-Nouamane (699-767) ; jurisconsulte irakien et maître de l’école Hanafite. 7- Soufiane At-Thawri (719-783) ; spécialiste desHadiths.
8-    Ibrahim An-Nakh'î (672-718) ; jurisconsulte et spécialiste desHadiths.

9-    Ibn Katibah juriste et homme de lettre du neuvième siècle, il qualifiait Abou Hourayra de
« premier rapporteur soupçonné de l’histoire des Hadiths »

10- Al A’amache (709-750) ; jurisconsulte et spécialiste desHadiths. 11- Mohamed Ibn Al Hassan Achaybani

12- Ibn Al Athir Al Jazri (1177-1252) historien et spécialiste des Hadits, auteur du livre Al Kamil Fi At-Tarikh (en arabe)

13- Abou Jafar Al Iskafi, moutazilite, il jugeait sévèrement Abou Hourayraen le qualifiant de « pas digne de confiance »

14- Mostapha Sadeq Ar-Rafi’î (1880-1937), littérateur, poète et écrivain égyptien célèbre. Auteur de : Wahyou Al Kalam, I’îjaz Al Coran , Al Balaghah An-Nabawiyah,…

15- Cf. ci-dessus
16- Ahmed Amine (1878-1954) littérateur, poète et écrivain égyptien, auteur de :Fajer Al Islam,

Doha Al Islam,…

17- Taha Hussein (1889-1970), surnommé le doyen de la littérature rabe. Auteur de : Al Fitnah Al Korah, Al Ayyam, Fi Achi’r Al Jahiliy,…

18- Cf. ci-dessus

19- Ahmed Sobhi Mansour, égyptien, historien diplômé de l’université Al Azhar et ex-enseignant dans la même université. Réside actuellement aux atsEt Unis d’Amériques. Auteur de plusieurs livres et articles remettant en cause les Hadiths, le sunnisme et les Frères Musulmans (Cf. http://www.ahl-alquran.com)

20- Cf. ci-dessus

21- Zakaria Ozoune auteur de : Jinayate Al Boukhari, Jinayate Achafi’î, Jinayate S ibawayh… Pour sa critique à Abou Hourayra, lire le livre Jinayate Al Boukhari (Crime de Al Boukhari).

22- Abderrazak Îde, né en 1950 en Syrie, universitaire, auteur d’une vingtaine de livres. En 2003, il publia son livre Sadanat Hayakil Al Wahm qui analyse et critique la raison jurisprudentielle
 
des juristes musulmans en prenant l’exemple du discours du syrien Saïd Ramadan Al Bouti. Ensuite il publia un autre livre analysant le discours de Al Qaradawi.

23- Abdel Jawad Yassin, né en Egypte en 1945. diplômé de la faculté du droit du Caire en 1976, ex-juge. Auteur de plusieurs essais politiques et constitutionnels.

24- J’entends par « désobéissance éthique» une attituderéfléchie, intentionnelle, individuelle et/ou collective, privée et/ou publique, pacifique, respectueuse des exigences de la civilité, ne visant pas à la provocation ou à la confrontation physique avec les pouvoirs en question ; mais au contraire à une prise de conscience collective - y compris celle des religieux et des politiques - des dégâts qu’engendrent depuis plusieurs siècles l’obéissance et la soumission absolue à ces textes – Hadiths – nocifs, rétrogrades et obscurantistes (cf. Annexes) !
 

Bibliographie

 


Abou Rayyah, Mahmoud, Abou Hourayra cheikh Al Madirah, Al-Alamy Library, Beyrouth, 1994 (en arabe)

Abou Rayyah, Mahmoud, Adwa’a Ala As-Sunna Al-Mohammadiah , Dar Al-Maârif, le Caire, 1957 (en arabe)

Ad-Dahbi, Chams Ad-Dîne, Siyar A’alâm An-Noubala’a , Dâr Al Ma’arifah, Beyrouth, 2007 (en arabe)

At-Tabari, Ibn Jarire, Tarikh At-Tabari, Dâr Al Hilal, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Bouhandi, Mustapha, Aktara Abou Hourayra, autoédité, Casablanca, 2002 (en arabe)

Ibn Katibah, Al Imamah wa As-Siyassah, Dâr Al Kotoub Al Ilmiyah, Beyrouth, 1997 (en arabe)

Îde, Abderrazzak, Sadanatou Hayakili Al Wahmi : Al Bouti Tamoudajane, Dâr At-Tali’a, Beyrouth, 2003 (en arabe)

Khalid, Mohammad Khalid, Des hommes autour du prophète, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, Beyrouth, 2001 (en français)

Ozoune, Zakaria, Jinayate Al Boukhari, Riad El-Rayyes Books, Beyrouth, 2004 (en arabe)

Yassine, Abd Al Jawad, As-Soltatou Fi Al Islam, Centre Cultuel Arabe, Casablanca, 1998. (en arabe)
 

Source : mlouizi.unblog.fr

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